Le regard libre d'Élisabeth Lévy - « La rue musulmane devrait être à la pointe du combat »

Plus encore qu'après les attentats de 2015, une grande partie des imams condamnent les actes terroristes perpétrés au nom d'Allah. Un grand pas dans ce comabt contre l'islam radical mais pas assez suivi de ce qu'on peut appeler, sociologiquement, la « rue musulmane », la jeunesse pratiquante. Il faut faire entendre leur "Not in my Name".

Tous les matins à 8h15, le regard libre d'Elisabeth Lévy dans le Grand Matin Sud Radio.

Plusieurs imams ont rendu hommage hier à Samuel Paty.

Ceux-ci accompagnaient Hacène Chalgoumi, l’imam de Drancy. Très ému, il a demandé pardon pour ce crime commis au nom de l’islam, a appelé l’État à la fermeté et les musulmans à se réveiller. Les parents doivent apprendre à leurs enfants à aimer la France et son école.

S’il fallait une raison d’espérer, les réactions de l’Islam officiel sont bien plus nettes qu’en 2015. Plus de « oui mais ». Ensuite, ils reconnaissent que les caricatures ne justifient jamais la violence. Pour vivre en France, on doit supporter. Plus de « pas d’amalgame » et de « ça n’a pas rien à voir avec l’islam ». Maintenant, ils disent : « ça vient de chez nous ». « La maladie de l’islam », disent même certains. Parce qu’ils savent qu’elle touche beaucoup de musulmans du coin de la rue. 

L’immense majorité des musulmans est pacifique, et de cela, qu’en fait-on ?

L'immense majorité est pacifique, sans doute. Même si les excités qui menacent Mila et quiconque dit du mal de l’islam ne sont pas de grands pacifiques. Gilles Kepel parle d’un « djihadisme d’atmosphère ». Des enquêtes démontrent l’imprégnation islamiste d’une moitié de la jeunesse musulmane piégée par ce que Kamel Daoud appelle « les arnaques communautaires et identitaires ». Résultat : d’aucuns refusent de voir une Marianne dépoitraillée ou d’entendre parler du Coran en classe. 

Si demain, un catholique ou un juif intégriste tue au nom de son dieu, nous serons dans les rues pour dire « Not in my name ». La « rue musulmane » et notamment la jeunesse devraient être à la pointe du combat. Au contraire, beaucoup pensent que leur demander de réagir, c’est les stigmatiser. 

Aux responsables du crime de Conflans. 

Tous ceux qui ont écouté sans réagir les insulteurs et les menaceurs ont une part de responsabilité. Comme ceux qui disent à leurs enfants que ce qu’on leur apprend à l’école est haram - à savoir : impur. 

Il faut en finir avec une autre maladie de l’islam : le victimisme. À force de leur répéter que la République n’avait pas tenu ses promesses, on a transformé beaucoup de musulmans en créanciers mécontents. C’est précisément parce qu’ils sont des citoyens à part entière qu’on a besoin d’eux pour mener le combat des esprits. Il y a un temps pour tout. Aujourd’hui, l’instant n’est pas celui de vous plaindre de ce que votre pays n’a pas fait pour vous mais de vous demander ce que vous pouvez faire pour lui.