Le regard libre d'Élisabeth Lévy - "J'ai eu Finkielkraut au téléphone"

« Bien sûr, je dis aux hommes : Violez, violez, violez ! Violez les femmes. D’ailleurs, je viole la mienne tous les soirs ! ». Ces propos, sur le ton de l'humour, sont ceux d'Alain Finkielkraut dans "La Grande Confrontation" sur LCI. Depuis, les réseaux sociaux s'enflamment et le bad buzz déforme le second degré immédiat de l'académicien. Élisabeth Lévy réagit après l'avoir eu au téléphone et prend la défense de Finkielkraut face aux "groupuscules agités du numérique".

Le regard libre d' Élisabeth Levy

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La nouvelle "affaire Finkielkraut"

Oui, l’écrivain était invité mercredi soir de la Grande Confrontation sur LCI avec une dizaine de personnalités pour débattre de la liberté d’expression. Il a été grandement question d’humour, notamment de celui de Desproges et de son fameux sketch dans lequel il fait dire à un antisémite « Si les Juifs ont été si nombreux à se rendre à Auschwitz, c’est parce que le transport était gratuit. »  Caroline de Haas et Finkielkraut sont tombés d’accord pour affirmer qu’il n’y avait rien d’antisémite dans cet humour acide. 

Hormis cet épisode consensuel, la discussion fut vite tendue, la militante féministe ayant attaqué bille en tête l’académicien et son émission à France Culture où, a-t-elle dit, on entend des propos que l’on pourrait qualifier de "sexistes, racistes ou homophobes". 

Quand Finkielkraut critique le concept de culture du viol qui étend le domaine du viol aux blagues salaces et à la galanterie, Caroline de Haas comprend ou feint de comprendre qu’il met en doute la réalité des viols avant de lui reprocher sa défense de Roman Polanski. Harcelé par les interruptions de la militante, l’écrivain répond par une blague : « Bien sûr, je dis aux hommes Violez, violez, violez ! Violez les femmes. D’ailleurs, je viole la mienne tous les soirs ! » 

Une blague de très mauvais goût dont il aurait dû s’abstenir pour certains. D’ailleurs, Pujadas s’est empressé de dire que c’était du second degré !

Il n'y a pas l'ombre d'un doute que c'était une blague ! Finkielkraut qui parle à qui veut l’entendre de son amour conjugal en ami des violeurs ? Humour pas toujours distingué mais humour quand même. 

Quelques heures après l’émission, Caroline de Haas tweete « Soit ce monsieur est violent, soit il trouve ça drôle de caricaturer le viol conjugal. Soit les deux. Dans tous les cas, il a besoin d'aide ».

 

Des groupuscules agités du numérique reprennent le propos comme s’il était au premier degré.

Le Monde fait la même chose dans son titre. Cependant, les facts-checkers de Libé innocentent le criminel : second degré. Dans la foulée, une pétition demande son renvoi de France Culture. Une pétition de renvoi quand même !

J'ai eu Finkielkraut au téléphone et il m'a dit : « C’est le monde de La plaisanterie de Kundera, sans le communisme. » 

Tout le monde s'empare du sujet en martelant que, même si c’est une blague, c’est insupportable. Qu'on ne blague pas avec ça. Et surtout pas de second degré à la télé (on apprend ça dans les écoles de journalisme). Mais Alain Finkielkraut n'est pas journaliste. Si on ne blague pas avec ça, alors pourquoi Desproges le pourrait quand il évoque la Shoah ? 

Je crois qu'il faut se demander dans quel monde on veut vivre. Se priver de l’ironie et du second degré, c’est renoncer à mille possibilités délicieuses de la langue et de l’imaginaire. De proche en proche, c'est toute pensée un peu balancée qui finira par être condamnée.

Rire est l’une des spécificités de l’homme. On a même le droit de rire des blagues de Bigard (on prend des airs en public mais on pouffe en privé). Un monde dans lequel plus rien ne pourra vous choquer ou vous énerver sera à périr d’ennui.