Le regard libre d'Elisabeth Lévy - Faut-il faire du vélo pour être du côté de la morale ?

Moyen de locomotion éminemment écologique, le vélo a la cote auprès des politiques, comme Anne Hidalgo et Elisabeth Borne. Si vous êtes un adepte de la voiture - ou que vous n'avez simplement le choix pour aller travailler à Paris sans pouvoir y habiter - gare à vous, vous n'êtes plus la priorité. Loin de là.

Tous les matins à 8h15, le regard libre d'Elisabeth Lévy dans le Grand Matin Sud Radio.

 

À l’approche du 11 mai, les transports publics constituent un véritable casse-tête. 

Oui, encore une fois, il faut résoudre l’équation insoluble : rassurer et affoler en même temps. 

Les transporteurs espéraient s’en tirer avec le masque obligatoire, assez simple et globalement efficace. Que nenni. Dans la fièvre précautionniste qui a saisi tous les décideurs de France, terrifiés à l’idée d’être traînés en justice, c’est ceinture et bretelles : pour les transports publics, masque et distanciation sociale (concept inventé par quelqu’un qui ne prend pas souvent le métro) et éventuellement des policiers dans chaque rame sur chaque quai ?

En Île-de-France, les transporteurs, syndicats et le patronat ont accouché hier soir d’un plan de reprise passablement obscur. Celui-ci asse notamment le mistigri aux entreprises, priées d’étaler les arrivées et les départs des salariés sur 4 tranches horaires. Jean-Baptiste Djebbari, ministre chargé des Transports, envisage de nouvelles attestations pour réguler ces flux. À quand 135 euros d’amende pour être allé bosser ? 

Ces mesures suffiront-elles à rassurer les gens ? 

Sans doute pas. Chauffeurs de taxi et de VTC constatent que beaucoup ne veulent pas prendre le métro. Et il y a eu un - très léger mais notable - frémissement du marché automobile : 8500 immatriculations la semaine du 20 avril. 

Pendant qu’on nous promet un avenir radieux sain et vert, on pourrait observer un retour en grâce subreptice de la bagnole. Ça ne plaît pas à Madame Hidalgo. "Je m'opposerai à ce que Paris soit envahie de voitures, synonymes de pollution", dit-elle. En clair, si vous faites partie de ces ploucs qui travaillent à Paris, parfois à servir des Parisiens, sans pouvoir y loger, c’est métro ou vélo. 

Le nouveau prêchi-prêcha en vogue et pas seulement à Paris est le suivant : “la solution, c’est le vélo”. « Qui sera la petite reine du déconfinement ? », a finement déclaré Elisabeth Borne. Tu parles : un ridicule plan vélo doté de 20 millions d’euros. Mais les collectivités mettent la main à la poche pour convertir à la hâte des moitiés de rues en pistes cyclables et ensuite subventionner l’achat de vélos électriques.  

Suis-je contre le vélo ?

Je suis contre l’autoritarisme du bien, contre la volonté de nous rééduquer. Voici un chassé croisé à méditer : en Chine, on subventionne et donc l’achat de voitures repart et nous, nous sommes sommés de nous mettre au vélo. 

À Paris, on a une version hardcore de ce concept chinois avec le duo Hidalgo/Lallement. Mais de Grenoble à Nice, de Toulouse à Montpellier, si vous persistez dans le vice automobile, tout sera fait pour vous rendre la vie impossible. Après le 11 mai, vous aurez le droit de vous déplacer mais vous ne pourrez pas circuler.