Le regard libre d'Élisabeth Lévy - ADP : "Les gilets jaunes ont mis en lumière les échecs de la démocratie représentative"

Notre éditorialiste Élisabeth Lévy revient sur le "référendum sur le réferendum" d'ADP et ce que cela révèle de l'état de la démocratie actuel.

Le regard libre d' Élisabeth Levy

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Les partisans du RIP pour Aéroports de Paris proposent un clip

Il faut savoir que pour aboutir à un référendum, l’initiative lancée par 248 parlementaires contre la privatisation d’ADP doit recueillir 4,8 millions de signatures. Une sorte de référendum sur le référendum. Cette procédure très compliquée devrait permettre à une majorité de citoyens de s’opposer à un projet de loi. On dit qu’elle a été inventée pour ne jamais servir. L'engouement autour d'ADP a d'ailleurs surpris l’exécutif. On en est aujourd'hui à 924.000 signatures. 

Dans les promoteurs du référendum, on retrouve 50 nuances de gauche et une grosse minorité de LR. Après les déchirements sur la question de l’islamophobie, quoi de plus consensuel qu’une bataille contre la privatisation ?  Toutes les boutiques, du PS à ATTAC, de LFI à la CGT appellent d’ailleurs à un rassemblement le 30 novembre pour s’opposer au projet du gouvernement de « vendre des infrastructures publiques pour enrichir quelques-uns ». Pour Olivier Faure, 924.000 signatures c’est énorme. Surtout quand on sait que l’entrée en bourse de la FDJ a bénéficié d’une campagne de communication financée par le contribuable, tandis que les promoteurs du RIP doivent faire avec des bouts de ficelle. 

Car tout le monde a entendu parler de la privatisation de FDJ, moins d'ADP.

La campagne d’information de la Française des Jeux est financée par le contribuable. Pour ADP, non seulement aucun financement de l'État n'émane mais les spots ont aussi été refusés par le service public. Injustice. D'autre part, la privatisation de la FDJ passée comme une lettre à la poste. En même temps, y a-t-il un symbole plus facilement manipulable ?  Entre les jeux de hasard et les boutiques duty free, pas sûr que les secondes soient l’enjeu le plus stratégique. 

Reste que le RIP pour ADP a moins soulevé les foules que prévu. D'autant que le taux de signatures croît avec le niveau d’éducation. Ce qui relativise tous les grands discours de l’an dernier sur la démocratie directe qui était, nous disait-on, la solution à la crise des gilets jaunes et la réponse aux légitimes réclamations de cette France longtemps invisible qui s’est rappelée à nous. En réalité, "RIC" est devenu un mot d’ordre des Gilets jaunes quand le mouvement a été pris en main (voire dévoyé) par des militants d’extrême gauche, notamment La France Insoumise. Mélenchon et les autres ont plaqué leurs propres fantasmes de salut public sur un mouvement bien moins révolutionnaire qu’ils ne l’auraient voulu. 

Cependant, il y avait bien chez les Gilets jaunes une protestation politique. Une demande d’être entendus.

Ils ont mis en lumière les échecs et les points aveugles de la démocratie représentative. Cette dernière permet au pouvoir de mener ce que Gauchet appelle des "politiques anti-majoritaires" (pensons à l’Europe). Pour autant, les Français ne semblent pas avoir acheté en masse les bobards de ceux qui leur disaient que les énarques ne savent rien et que vous, vous savez tout. Vous n’avez pas besoin de diplômes ni de compétences particulières pour gouverner. En réalité, la plupart des gens veulent vaquer à leurs occupations pendant que leurs représentants gèrent les affaires publiques. Plutôt que de rêver d’un improbable gouvernement par le peuple, ce serait déjà bien de parvenir au gouvernement pour le peuple.