Le regard d'Élisabeth Lévy - Hypocondriaques et tiers-payant

L'hôpital public est exsangue : les infirmiers étaient dans les rues hier pour manifester contre la précarité des locaux et de leur statut. Mais ne sommes-nous pas, nous patients, aussi responsables ? L'OCDE publie un rapport montrant qu'un cinquième des interventions sont des "soins inutiles". Suffisant pour faire réagir notre éditorialiste, Élisabeth Lévy.

Le regard libre d' Élisabeth Levy

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Parlons de l’hôpital public. Le plan gouvernemental a été annoncé hier.

"Tout le monde est bien incapable de juger la pertinence de ce plan. En général, le carnet de chèques n’est pas une politique. Mais l’hôpital public a été la première victime des coupes budgétaires. Dans la litanie des souffrances et des plaintes françaises, celles des personnels hospitaliers sont peut-être plus légitimes que celle des cheminots dont un rapport de la Cour des comptes publié en début de semaine pointe, notamment, le sureffectif.

La plupart des Français ont pu l’observer : l’hôpital est un miracle quotidien. Les personnels travaillent avec des bouts de ficelles et compensent par le dévouement le sous-effectif, le manque de matériel et les aberrations administratives. Peut-être que notre chambre est moche, la nourriture infecte et les attentes pénibles. Mais quand nous avons une maladie grave ou besoin d’une intervention, nous bénéficions de soins de haute qualité."

Cela méritait d’être dit. Mais l’État est fauché et les personnels à bout comme l’a dit Agnès Buzyn.

"C’est très bien que l’État prenne ses responsabilités. Mais il y a un acteur de la crise hospitalière à qui on ne demande pas d’effort : vous et moi. Dès lors que la santé est sacrée, personne n’ose pointer les immenses gaspillages en ce domaine.Un sondage montrait en début de semaine que 60 % des Français ont déjà dû renoncer à un soin. Un scandale selon les commentaires. Cela crée de l’anxiété. Mais l’OCDE estime que les soins inutiles représentent 1/5ème des dépenses de santé. Buzyn parlait d’un tiers d’examens superfétatoires. Nous sommes des enfants gâtés. Rien n’est trop beau ni trop cher, non seulement pour nous soigner mais pour nous rassurer.

Attention : la situation globale masque d’énormes disparités sociales et territoriales. Il y a des gens qui ne peuvent pas se soigner, et d’autres qui vivent entourés d’une batterie de docteurs (j’en connais et vous aussi). Nos villes sont peuplées d’hypocondriaques."

Mais ce ne sont pas les hypocondriaques qui asphyxient l’hôpital ?

"Indirectement, si. De même que l’université, en bout de chaîne éducative, subit les problèmes cumulés par le primaire et le secondaire, l’hôpital, qui se trouve au bout de la chaîne médicale, doit compenser toutes ses défaillances. La médecine de ville ne peut pas bien jouer son rôle dans le traitement des maladies chroniques expliquent des chercheurs dans Le Monde, en raison d’un système hospitalo-centré. Certes, la responsabilité des planificateurs qui n’ont pas été fichus d’anticiper les besoins, est engagée. Mais l’autre raison, c’est qu’elle est engorgée par nos petits bobos et nos demandes excessives.

Or, l’un des facteurs de ce gaspillage, c’est le système du tiers payant généralisé. Au lieu de le réserver à ceux qui en ont vraiment besoin, le système nous épargne d’avoir à penser à ces ennuyeuses questions d’argent. Puisque ça n’a pas de prix, nous ne voulons même pas savoir combien ça coûte. Pour les médecins, ce système est une très mauvaise affaire en termes de statut puisqu’ils deviennent des fonctionnaires payés par la sécu). Ma contribution au plan hôpital : supprimer le tiers payant."