éditorial

L'édito de Philippe Bilger

A propos...

Philippe Bilger, né le 31 août 1943 à Metz, est un magistrat français. Juge d'instruction, puis avocat général, il est resté au service de la justice pendant près de quarante années, connu surtout pou...
Philippe Bilger ©Anthony Ghnassia
Société

La surpopulation carcérale et le ras le bol des surveillants

Le pénitentier

Le blocage des établissements pénitentiaires de Fleury-Mérogis et de Villepinte permettent de se rappeler qu'il y a une véritable surpopulation carcérale .

Cela fait plusieurs semaines qu'il y a une campagne tout à fait légitime contre la surpopulation carcérale, mais qui cherche en même temps à persuader que la prison serait inutile. Au fond, le Monde, dans une moindre mesure le Parisien et TF1, ne permettent pas de montrer que l'on a d'autres possibilités que l'indignité et le laxisme. En réalité, on examine la surpopulation carcérale comme si elle était un univers à elle seule, alors qu'elle doit s'insérer dans un projet pénal plus vaste. D'une part lorsque l'on évoque la surpopulation carcérale et que l'on prétend y pallier par des peines de substitution, c'est absurde. On ne peut pas trouver des peines de substitution qui sont à la hauteur des crimes ou des délits graves qui entraînent une incarcération. D'autre part, ce qui me heurte dans le raisonnement habituel sur la surpopulation carcérale, qui gangrène la gauche et une partie de la droite, c'est que l'on raisonne d'une manière hémiplégique, comme si la surpopulation carcérale ne venait de rien et comme si elle n'induisait pas en amont une série de transgressions graves qui justifiaient l'incarcération. Le dernier élément est que tout cela résulte d'une philosophie erratique. Ce n'est pas la prison qui crée la récidive, pardon pour cette banalité, ce qui crée la récidive, c'est le récidiviste, et ceci même si les conditions pénitentiaires méritent d'être corrigées et révisées, cela ne supprime jamais la responsabilité et la liberté individuelle. Aujourd'hui, le problème central, c'est celui des surveillants. Il y a des prisons à l'heure actuelle où les condamnés font la loi et où le métier de maître surveillant devient épouvantablement difficile à assumer, mais aussi trop risqué.

De plus, cette situation est de moins en moins rare. Les établissements où les surveillants vivent mal la surpopulation carcérale et leurs conditions de travail au quotidien sont de plus en plus nombreux. On ne parviendra jamais, à mon avis, à restaurer une politique pénitentiaire digne de ce nom, si l'on ne tient pas compte à la fois des condamnés, et surtout des surveillants.
 

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