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La prison vétuste de La Talaudière peine à répondre aux injonctions du Conseil d’État

Un rat dans une cour, des fils électriques à nu, des cellules vétustes... la maison d'arrêt de La Talaudière (Loire) peine à réaliser les travaux de rénovation urgents exigés par le Conseil d'État en mai dernier.

OLIVIER CHASSIGNOLE - AFP

Un rat dans une cour, des fils électriques à nu, des cellules vétustes... la maison d'arrêt de La Talaudière (Loire) peine à réaliser les travaux de rénovation urgents exigés par le Conseil d'État en mai dernier.

"Il y a des injonctions qui n'ont pas été exécutées. Les cloisonnements des sanitaires ne sont pas réalisés, le nettoyage des douches n'est pas non plus au top et les travaux ne sont pas terminés sur les cours de promenade", a détaillé la députée LFI de la Loire Andrée Taurinya sur place jeudi après-midi, avec une équipe de l'AFP.

"J'entends les arguments donnés par l'Administration pénitentiaire, qu'il y a des délais pour trouver des entreprises, effectuer les travaux avec les difficultés inhérentes à l'univers carcéral, la nécessité de déplacer les détenus dans un contexte de surpopulation", a-t-elle dit au terme de sa troisième visite depuis novembre 2022.

Le centre pénitentiaire, conçu dans les années soixante pour 263 pensionnaires, en compte actuellement 415, dont 12 dorment sur des matelas à même le sol.

- "Tonneau des Danaïdes" -

À la visiteuse qui constate la présence d'un rat sur une cour de promenade, la directrice de détention explique que le nettoyage des extérieurs s'apparente à "un tonneau des Danaïdes". "On le vide et il se remplit aussitôt", dit-elle en ajoutant être "consciente que c'est inacceptable pour les détenus et le personnel".

Des gardiens dans un couloir de la maison d'arrêt de La Talaudière, le 19 janvier 2024 dans la Loire

Des gardiens dans un couloir de la maison d'arrêt de La Talaudière, le 19 janvier 2024 dans la Loire

OLIVIER CHASSIGNOLE - AFP

Saisi par l'Observatoire international des prisons (OIP) et l'Association des avocats pour la défense des droits des détenus (A3D), le Conseil d'Etat avait ordonné en mai dernier plusieurs mesures pour "améliorer dans un délai très bref la salubrité des locaux, la dignité des personnes et la sécurité".

Bien que repeintes en avril dernier par des détenus en formation professionnelle, les huit cellules du quartier disciplinaire sont dans un état peu engageant, avec de la suie sur les murs et une odeur de brûlé persistante.

Une cellule portant des traces d'un incendie à la maison d'arrêt La Talaudière, le 19 janvier 2024 dans la Loire

Une cellule portant des traces d'un incendie à la maison d'arrêt La Talaudière, le 19 janvier 2024 dans la Loire

OLIVIER CHASSIGNOLE - AFP

Obscures et mal éclairées, deux portent les traces d'incendies allumées par des détenus décrits comme des "profils psychologiques particuliers".

Depuis le début de travaux dans les cours de promenade fin octobre, et jusqu'à leur achèvement prévu mi-février, la sortie quotidienne des détenus s'effectue sur le terrain de sport et a été réduite au minimum réglementaire d'une heure.

Des détenus dans une cellule de la maison d'arrêt La Talaudière, le 19 janvier 2024 dans la Loire

Des détenus dans une cellule de la maison d'arrêt La Talaudière, le 19 janvier 2024 dans la Loire

OLIVIER CHASSIGNOLE - AFP

Dans une cellule de quatre personnes où l'écran de télévision est suspendu par des ficelles entre deux lits superposés, un détenu évoque la fenêtre qui coulisse difficilement, l'état délabré du mobilier et des bouches d'aération, le frigo qui ne fonctionne pas, le cloisonnement insuffisant des toilettes par un contreplaqué et du tissu.

- Dégradations -

La députée LFI de la Loire Andrée Taurinya visite la maison d'arrêt La Talaudière, le 19 janvier 2024

La députée LFI de la Loire Andrée Taurinya visite la maison d'arrêt La Talaudière, le 19 janvier 2024

OLIVIER CHASSIGNOLE - AFP

À la députée qui s'inquiète de voir des fils électriques dénudés dans les cellules, la direction indique que "ces dégradations sont parfois le fait de détenus qui s'en servent pour allumer leurs cigarettes".

Lors des échanges avec la visiteuse, une représentante de la direction pointe le "manque d'effectif, qui risque encore de s'amplifier à cause de difficultés de recrutement". Une autre tranche : "Ce qu'il faut demander à Monsieur Dupond-Moretti, c'est la construction d'un autre établissement."

Un projet de prison neuve en remplacement à Saint-Bonnet-les-Oules (Loire) avait été abandonné en 2018.

Un détenu dans sa cellule de la maison d'arrêt La Talaudière, le 19 janvier 2024 dans la Loire

Un détenu dans sa cellule de la maison d'arrêt La Talaudière, le 19 janvier 2024 dans la Loire

OLIVIER CHASSIGNOLE - AFP

La surpopulation carcérale bat des records en France, avec au 1er novembre 2023, plus de 75.000 personnes incarcérées pour seulement environ 61.000 places disponibles, et une densité carcérale globale de 123,2% contre 120% il y a un an, selon les données du ministère de la Justice.

Dans les maisons d'arrêt, où sont incarcérés les détenus en attente de jugement, et donc présumés innocents, et ceux condamnés à de courtes peines, le taux d'occupation est de 147,6% et dépasse les 200% dans dix établissements. Celui de la Talaudière est de 157,78 %.

Par Denis Meynard / Saint-Étienne (AFP) / © 2024 AFP

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