La gratuité des transports, bonne ou mauvaise idée ?

Alors qu'Anne Hidalgo souhaiterait l'expérimenter dans la capitale, la gratuité des transports divise toujours autant. S'agit-il d'une idée pertinente, est-elle applicable ? Reportage dans la communauté d'agglomération de Castres-Mazamet (Tarn), où la mesure est appliquée depuis 2008.

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Tantôt espérée par les défenseurs de l'environnement, tantôt redoutée par ceux qui craignent une détérioration des services publics, la gratuité des transports continue d'alimenter les débats. Alors que la maire de Paris, Anne Hidalgo, souhaiterais la mise en œuvre d'une expérimentation d'une durée de deux ans dans la capitale, Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, a d'ores et déjà fait savoir qu'elle ne fermait pas la porte à cette éventualité, se disant prête à entendre les propositions de la mairie.

Au-delà de toutes considérations, cette gratuité est-elle réellement applicable ? Faut-il douter de son efficacité ? En France, une vingtaine de communes a déjà franchi le pas, pour le plus grand bonheur des usagers. C'est notamment le cas de la communauté d'agglomération de Castres-Mazamet (Tarn), qui propose à ses 82 000 habitants des transports en commun gratuits, depuis maintenant 10 ans.

Cette gratuité s'applique à la fois dans les bus desservant les quatre coins de Castres et Mazamet, mais aussi dans ceux reliant les deux villes, distantes de 20 kilomètres. Pour les usagers comme Julie, jeune lycéenne que nous avons rencontrée au détour d'un arrêt de bus, cette opportunité de se déplacer gratuitement est avant tout une forme de liberté. "Quand on a des trous dans nos cours, on peut sortir, aller en ville. C'est bien parce que c'est gratuit, je n'ai pas besoin de payer quand je veux sortir quelque part", nous confie-t-elle avec enthousiasme. Non loin de là, Pierre, dont la mobilité est réduite, se dit, lui, bien conscient de la chance qu'il a de pouvoir profiter de ce service, non disponible dans les communes environnantes. "Lorsque je vais à Albi, donc pas très loin, on voit bien la différence avec les bus de ville que l'on a à Castres", nous explique-t-il ainsi.

"La gratuité seule ne fait pas tout"

Du côté des habitants, c'est donc une adhésion totale, mais deux questions demeurent cependant : n'est-ce pas un gouffre financier pour l'agglomération ? la gratuité n'influe-t-elle pas sur la qualité des infrastructures ? Il faut savoir que contrairement aux circuits classiques de financement, le coût de cette gratuité est assurée par une taxe sur les transports dont doivent s'acquitter les entreprises qui emploient plus de 50 salariés. L'économie que représentent la suppression de l'impression des tickets, ainsi que l'arrêt des contrôles des titres de transports, permettent en outre de boucler le budget alloué.

Mais le véritable intérêt d'une telle mesure, c'est sa portée pédagogique comme nous l'explique Pascal Bugis, le maire de Castres. "Ça a vraiment inscrit la problématique du transport en commun dans le paysage. Il y a des habitudes qui se sont prises et qui n'auraient pas pu l'être sans la gratuité", explique celui qui est également président de la communauté d'agglomération. "Après, il faut que le réseau suive. Ce n'est pas parce que le service est gratuit qu'il faut dégrader la proposition pour rendre un service publique de qualité. La gratuité seule ne fait pas tout ", tient-il tout de même à rappeler.

Vous l'aurez compris, la gratuité des transports s'avère être une réussite dans la communauté d'agglomération de Castres-Mazamet et son exemple pourrait servir de modèle, si d'aventure l'Île-de-France faisait le pari de l'expérimentation, comme le préconise Anne Hidalgo. Toutefois, cette éventualité n'en est encore qu'à l'état de projet et la route est encore longue avant que les transports parisiens et franciliens ne deviennent gratuits.

Un reportage de Christine Bouillot