Journal de bord d'un réanimateur: "on fait au mieux avec les familles"

Praticien dans un hôpital de la région parisienne, en première ligne pour traiter la déferlante de malades du coronavirus, un anesthésiste-réanimateur livre tous les jours pour l'AFP, sous couvert d'anonymat, le résumé de sa journée en pleine crise sanitaire.

Martin BUREAU - AFP/Archives

Praticien dans un hôpital de la région parisienne, en première ligne pour traiter la déferlante de malades du coronavirus, un anesthésiste-réanimateur livre tous les jours pour l'AFP, sous couvert d'anonymat, le résumé de sa journée en pleine crise sanitaire.

- Dimanche 5 avril -

La journée s'est terminée avec un patient qui allait très mal.

Je crois que personne ne s'habitue à contraindre les familles de rester chez elles et ne pas pouvoir venir voir leur proche à l'hôpital. La seule dérogation dans la majorité des hôpitaux concerne les patients dont le décès est malheureusement imminent. Ce n'est pas toujours prévisible.

On fait au mieux. Parce qu'après le décès, c'est trop tard. Les familles n'ont plus le droit de voir la personne décédée.

Ces jours-ci, beaucoup de collègues d'autres spécialités ont mis en place des équipes qui viennent nous aider en réanimation pour des tâches qui peuvent être déléguées. Des kinésithérapeutes, des chirurgiens, des radiologues.

Cela permet aux équipes paramédicales de souffler un peu, d'avoir des journées un peu moins chargées. Notamment physiquement. Beaucoup de patients doivent être mis en décubitus ventral (mis à plat ventre). En plus d'être une technique à risque, c'est physiquement éprouvant pour les équipes lorsque cela se répète. Toutes les aides sont bonnes à prendre.

La motivation des soignants pour aider est impressionnante. Les psychologues et les psychiatres ont aussi mis en place une cellule de crise. Ils font le tour des équipes. Médicales et paramédicales. C'est probablement important d'avoir cet appui. Un peu étrange aussi parce qu'encore une fois, nous faisons notre métier. De manière plus intense certes mais notre métier quand même.

Comme pour beaucoup de choses en ce moment, il aura fallu une crise sanitaire majeure pour se rendre compte qu'il y a beaucoup de manques pour que l'hôpital public fonctionne correctement et que les personnels qui y travaillent puissent le faire dans de bonnes conditions. Nous verrons bien ce que cela donnera par la suite...

L'accalmie semble se confirmer en région parisienne. On espère vraiment que les promenades ensoleillées ces derniers jours et l'attrait soudain des gens pour le footing n'aient pas trop de conséquences sur un regain d'énergie de l'épidémie...

On fera face quoiqu'il arrive. Les soignants sont là et prêts à tenir dans la durée s'il le faut.

Par Romain FONSEGRIVES / Paris (AFP) / © 2020 AFP