Jérôme Fourquet : "On a connu cette union nationale à l’occasion des attentats de Charlie, la mort d’Arnaud Beltrame, et maintenant Notre-Dame, mais la communion n’est que temporaire"

Jérôme Fourquet, directeur du département opinion publique à l'Ifop, et auteur du livre L'Archipel français (Éditions du Seuil), était l'invité d’André Bercoff, jeudi 18 avril, sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

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Le grand basculement : le rapport à la procréation et celui au couple ont changé

André Bercoff propose en premier lieu à son invité, Jérôme Fourquet, de revenir sur la première partie de son livre : "La première partie, 'Le Grand basculement', renvoie à ce que j'ai appelé la dislocation de la matrice catholique, la déchristianisation très avancée de la société française sur les changements de la société française qui nous fait basculer dans un autre schéma de société". Selon lui, cette matrice s'étend jusqu'à la moitié des années 1980. Et le directeur du département opinion publique à l'Ifop d'illustrer par des chiffres : "Avant Vatican II, 35% des Français vont à la messe tous les dimanches, aujourd'hui le chiffre est tombé à 5%".

Mais d'après Jérôme Fourquet, il ne faut pas s'arrêter aux chiffres de remplissage des églises. "C'est tout le sous-bassement de la société qui a changé, par rapport au corps par exemple avec une préférence des Français aujourd'hui pour l'incinération par rapport à l'enterrement, le développement du tatouage, l'ouverture de la PMA aux couples de femmes qui ne devrait pas tarder, voire la GPA. Le rapport à la procréation, le rapport au couple, tout ça a énormément changé, c'est pour cela que je parle de grand basculement".

60% des enfants naissent hors mariage contre 10% dans les années 80 : du jamais vu

Et de poursuivre sur l'aspect démographique : 18% des nouveaux-nés garçons en 2016 portent un prénom arabo-musulman. Il explique : "ça ne veut pas dire que 18% des Français sont rattachés à cette culture-là et cela ne veut pas dire que tous seront musulmans. On est plutôt sur une proportion de musulmans en France de 6-7%. Néanmoins, 18% de personnes dans la France de demain avec un certain nombre de caractéristiques, de facto, nous sommes entrés dans une société multiculturelle ce que d'aucuns ne veulent pas voir et ce dont d'autres doutent. Ce phénomène, nous ne sommes pas là pour le commenter ou le juger. On observe et on constate que l'on est sur un changement de physionomie de la société française". Il réagit aussi au fait qu'en France aujourd'hui, le bien collectif a disparu : "Un des principes les plus actifs qui a présidé à ce grand changement que la société française a connu, c'est la montée en puissance de l'individualisme".

Il explique ce phénomène de nouveau par des chiffres : "Aujourd'hui, 60% des enfants naissent hors mariage, alors qu'on était à 10% seulement au début des années 1980. C'est un basculement jamais vu. Le bien commun se délite car la société française est aujourd'hui une somme d'individus. Au final, il y a donc une individualisation de la société française". Et de conclure : "On a connu cette union nationale à l’occasion des attentats de Charlie, la mort d’Arnaud Beltrame, et maintenant Notre-Dame, mais la communion n’est que temporaire". 

 

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