Jean-Paul Marre : "Didier Raoult est dans la discussion sur la validité de ses assertions"

Dans un courrier au président de l'Assemblée nationale, le directeur général de l’AP-HP, Martin Hirsch, déplore un "faux témoignage" de Didier Raoult devant la commission d'enquête parlementaire.

Le docteur Jean-Paul Marre exerce à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris. © AFP

Pour en parler, le docteur Jean-Paul Marre, médecin à la Pitié-Salpêtrière (AP-HP) et journaliste, était l'invité de Patrick Roger le 3 juillet 2020 dans l’émission "C’est à la une" sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 8h10.

 

"Aujourd’hui, Didier Raoult est dans la défense de son protocole"

Martin Hirsch conteste notamment le taux de mortalité en réanimation de 43% à la Pitié-Salpêtrière, contre 16% à Marseille, évoqué par Didier Raoult. Pour Jean-Paul Marre, cela ne veut pas forcément dire que l’AP-HP ne traite pas ses patients correctement. "Vous pouvez toujours trouver des chiffres de la mortalité, qui sont propres à chaque région. Après, la situation des deux régions était complètement différente. C’est sûr que l’épidémie était d’abord dans l’Est, puis dans le Nord et à Paris. À Marseille, ce n’était pas du tout la même magnitude de l’épidémie. Il faut comparer quel type de malades on traite. Autre facteur : les calculs en France ne sont pas automatisés comme ailleurs, cela se fait un peu à la main.

Didier Raoult est une très forte personnalité, un scientifique brillant avec un background derrière lui. Mais aujourd’hui, il n’est pas dans un débat d’idées, il est dans la défense de son protocole. Il n’est plus dans la démonstration de la validité de ses assertions mais dans la discussion sur la validité de ses assertions."

"Aujourd’hui, on comprend beaucoup mieux cette maladie"

Selon Jean-Paul Marre, il faut aussi avoir en tête le fait que les connaissances scientifiques au sujet du Covid-19 évoluent très vite. "Il faut bien comprendre que la science évolue. On dit que tous les dix ans environ, la moitié des connaissances sont obsolètes ou à retravailler. Et là, en trois mois, on a fait le boulot de cinq ans. Tous les gens qui y ont travaillé se sont forcément trompés au moins une fois, y compris Didier Raoult.

Aujourd’hui, on comprend beaucoup mieux cette maladie, qui est au départ comme une maladie infectieuse et respiratoire, mais qui après s’oriente vers une maladie rhumatologique. Elle devient immunologique et vasculaire avec des réactions immunologiques au plan vasculaire. S’il y a un médicament qui a bien marché, ce sont les anticoagulants. Des anticoagulants à forte dose lorsque le patient a une maladie pulmonaire qui se transforme en maladie vasculaire, c’est le médicament le plus efficace. On a une réduction de la mortalité.

La maladie commence dans le rhinopharynx (c’est-à-dire le nez), puis, si elle évolue mal, elle descend dans les poumons. Là commence un terrible combat entre le virus et le système immunitaire. Et à un moment, parce que le système immunitaire est déréglé, on voit le virus qui se diffuse partout, y compris dans les cellules des vaisseaux, il y déclenche des réactions inflammatoires. Ce sont différents stades de la maladie, qu’on traite différemment."

"Il se peut qu’on soit obligés de modifier l’activité à différents endroits"

S’agissant de la situation en France en général, Jean-Paul Marre a fait savoir : "la circulation du virus reste à un niveau contrôlé. Si on fait n’importe quoi, comme en Floride, on voit que ça re-explose. Il se peut que, au cours de cette année, on soit obligés de modifier l’activité à différents endroits. Dès qu’on réunit un grand nombre de gens dans un endroit confiné, on risque d’avoir un grand nombre de contaminations".

 

 

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