Jean-Claude Mailly : "l'année 2019 a été socialement régressive"

Jean-Claude Mailly, ancien secrétaire général de Force Ouvrière, était l’invité de Philippe David le 31 décembre sur Sud Radio dans le "Grand matin Sud Radio", pour un bilan de l'année sociale 2019.

Jean-Claude Mailly, invité de Philippe David le 31 décembre, dans le Grand Matin Sud Radio.

Jean-Claude Mailly : en matière sociale, l'année 2019 a été "régressive"

Pour Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force Ouvrière pendant 14 ans, de 2004 à 2018, en matière sociale, l'année 2019 a été "régressive. Il y a notamment eu quelques soi-disant réformes, comme l'assurance chômage, ou les retraites, on verra, qui ont retiré des droits aux salariés et aux demandeurs d'emploi, estime-t-il. Ce qui caractérise le gouvernement, c'est à la fois une politique libérale au sens économique et non philosophique et un autoritarisme social, il veut tout contrôler sur le plan social".

 

Le conflit des retraites a commencé il y a 4 semaines. "Ça part d'un slogan pendant la campagne électorale d'Emmanuel Macron : un euro cotisé donnera les mêmes droits, ce qui, comme ça, paraît équitable, explique Jean-Claude Mailly. Mais c'est quelque chose qui n'a pas été travaillé au départ. Après, c'est devenu comme un symbole, un totem : il fallait absolument faire cette réforme. Plus les travaux ont avancé, plus tout le monde s'est rendu compte que c'était très compliqué. C'est l'image d'une commode chinoise : on ouvre un tiroir, puis il y en a un autre, puis encore un autre... On est toujours dans cette situation. À un moment donné, le gouvernement a introduit d'autres paramètres : la nécessité de faire du paramétrique, notamment la question de l'âge pivot et du recul de l'âge de la retraite".

"N'est-ce pas une volonté du côté du pouvoir de faire un dégagisme syndical ?"

D'après Jean-Claude Mailly, dans cette réforme, "il y a un problème de contenu, notamment sur les réserves, le gouvernement n'est pas clair. Je les suspecte de vouloir récupérer les 136 milliards de réserve. Et sur la méthode, ils n'ont pas été bons. Pour lui, il serait beaucoup plus sage de dire qu'à terme, il y aura un régime pour les salariés du privé, un régime pour tout ce qui est public et un régime pour tout ce qui est indépendant, avec les caisses qui le gèrent, y compris avec une certaine autonomie. Si on fait un régime unique, c'est l'État qui prend la main sur tout".

Les syndicats n'ont pas envie de lâcher. Philippe David rappelle que le conflit des mineurs britanniques avait duré un an, de mars 1984 à mars 1985. "Certains disent aujourd'hui en France que Macron a un peu un côté Thatcher, remarque Jean-Claude Mailly. N'est-ce pas une volonté du côté du pouvoir de faire un dégagisme syndical ?" s'interroge-t-il.

Quelle pourrait être l'issue de ce conflit ? Selon lui, "la sagesse serait de dire 'on pose le sac, on arrête le calendrier et on discute calmement des choses'. Si cette réforme, comme ils le disent, est si bien que ça, ce dont je doute profondément, on n'est pas à trois mois près ! Pour le moment, on est dans une situation de blocage et dans tout conflit, il faut toujours trouver une sortie par le haut".

 

"L'Europe, telle qu'elle fonctionne aujourd'hui, est à l'origine de dumping"

L'usine Whirlpool d'Amiens est partie en Pologne, pour être dans le territoire de l'Union européenne, mais embauche quasi exclusivement des Ukrainiens. "l'Europe, telle qu'elle fonctionne aujourd'hui, tant sur le plan fiscal que social, est à l'origine de dumping, estime Jean-Claude Mailly. Les gouvernements ont moins de pouvoir aujourd'hui qu'ils en avaient il y a 25 ou 30 ans. Ils ont par exemple perdu le pouvoir monétaire et commercial. L'Europe n'arrive pas à endiguer ces phénomènes de dumping". Pour lui, ça nécessiterait une transformation profonde de la construction européenne, qui sera indispensable si on ne veut pas que l'Europe éclate. "Quand on est chef d'État ou de gouvernement, il faut savoir à un moment donné transgresser les règles, confie-t-il. Sarkozy l'avait fait en 2008 au moment de la crise financière".

2019 est aussi l'année de la réforme de l'assurance chômage. "Le seul objectif du gouvernement est comptable : 3 milliards et demi d'économie, payés par les demandeurs d'emploi, explique Jean-Claude Mailly. Les gens vont découvrir au fur et à mesure la diminution de leurs droits. Pour aboutir à ces économies, ils ont pris la main sur la gestion du système".

Cliquez ici pour écouter "L’invité politique" avec Patrick Roger

Toutes les fréquences de Sud Radio sont ici !