Janine Bonaggiunta : "en matière de violences conjugales, les textes sont rarement mis en application"

Les peines prononcées dans les affaires de violences conjugales correspondent rarement à ce qui est prévu par la loi. En plus, la plupart de ces cas n'arrivent pas devant la justice, les femmes victimes se trouvant sous l'emprise de leur mari.

Janine Bonaggiunta, invitée d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio. © AFP

Pour en parler, Janine Bonaggiunta, avocate pénaliste au barreau de Paris, spécialisée en défense des victimes de violences conjugales, de harcèlement ou d'agressions sexuelles, co-auteure du livre Violences conjugales : deux avocates en colère (éditions Fayard), était l’invitée d’André Bercoff le 28 avril 2020 sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

 

Les femmes victimes ont des caractéristiques communes

"Les femmes victimes de violences conjugales viennent de tous milieux. Néanmoins, elles ont des caractéristiques en commun. Ce sont des femmes bienveillantes, aidantes et amoureuses de l’homme avec qui elles partagent leur vie. Il y a aussi des femmes qui sont dans une période de fragilité. À un moment elles se sont dit : 'comment un homme aussi merveilleux peut s’intéresser à moi ?'. Et elles l’ont valorisé, et l’homme leur a fait comprendre qu’elle avait de la chance de l’avoir rencontré aussi.

L’auteur des violences manifeste très vite son caractère. Des récits des femmes j’ai compris que l’homme veut toujours se marier très vite, et les femmes sont assez rapidement enceintes. La lune de miel dure assez peu", a raconté Janine Bonaggiunta.

"Les femmes ne peuvent pas gérer la situation parce qu’elles ne sont pas dans un état normal"

"Il y a des moments d’accalmie, mais ces violences se répètent voire s’amplifient. Il y a aussi des dégradations dans le couple par le verbe. Les femmes pensent toujours que ça va changer, elles croient retrouver le prince charmant qu’elles avaient rencontré. Elles ont une idée du couple parfait, c’est ce qu’on appelle l’emprise. Elles sont dans un état de sidération, elles ne savent pas ce qui arrive, elles ne peuvent pas gérer la situation parce qu’elles ne sont pas dans un état normal".

Bien souvent, l’entourage se trouve lui aussi désemparé. "Les voisins, bien qu’ils veuillent apporter de l’aide, ont peur de se confronter au refus de cette femme. C’est pour ça que les mentalités doivent changer. Une femme qui maigrit ou qui ne veut pas rencontrer les siens lors d’une fête familiale, quelque part ça doit faire réagir", a estimé Janine Bonaggiunta.

Des sanctions qui ne sont pas dissuasives

Janine Bonaggiunta a aussi raconté que bien souvent, la justice n’est pas à la hauteur de l’enjeu. "Il y a des textes législatifs, mais encore faut-il qu’ils soient appliqués. Pour certains magistrats ce sont des affaires privées. Et quand des peines sont prononcées, bien souvent elles ne sont pas dissuasives. Elles ne correspondent pas du tout aux textes en vigueur. Les textes prévoient bien des peines lourdes, mais ces textes ne sont pas mis en application, ce qui est un non-sens dans ce type de violences".

 

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