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Inondations de Biot: le récit du chaos au procès d'Orpea et de l'ex-maire

Le procès d'Orpea et de l'ex-maire de Biot (Alpes-Maritimes) pour la noyade de trois pensionnaires d'un Ehpad, dans des inondations dévastatrices en 2015, a rappelé mardi le chaos le soir du drame et souligné les lacunes criantes de la prévention.

JULIEN DE ROSA - AFP/Archives

Le procès d'Orpea et de l'ex-maire de Biot (Alpes-Maritimes) pour la noyade de trois pensionnaires d'un Ehpad, dans des inondations dévastatrices en 2015, a rappelé mardi le chaos le soir du drame et souligné les lacunes criantes de la prévention.

"Cela fait huit ans qu'on attendait ça. Ma grand-mère allait très bien, elle a souffert une mort atroce", a expliqué à l'AFP Sandrine Delaup, partie civile. "Ils se renvoient tous la balle mais il y a eu une inaction totale et il faut qu'ils le reconnaissent".

L'ex-maire Guilaine Debras ainsi que le responsable des risques naturels de la ville Yann Pastierik, l'ancienne directrice de l'Ehpad privé Anaïs Gledel et le groupe Orpea comparaissent pour homicides involontaires devant le tribunal correctionnel de Grasse.

Ils risquent cinq ans d'emprisonnement et 75.000 euros d'amende, sans compter les dommages-intérêts à verser au civil. Mme Gledel et Orpea sont aussi poursuivis pour mise en danger de la vie d'autrui pour le calvaire des pensionnaires qui ont survécu.

Le soir du 3 octobre 2015, des orages catastrophiques avaient transformé plusieurs rivières de la Côte d'Azur en torrents d'eau et de boue, causant la mort de 20 personnes et des dégâts considérables.

A Biot, commune vallonnée de près de 10.000 habitants au nord d'Antibes, une vague de submersion avait dévasté plusieurs quartiers et envahi le rez-de-chaussée de la maison de retraite du Clos Saint-Grégoire, au pied du bourg médiéval. L'établissement, déjà touché par deux inondations mais racheté par Orpea en 2011 est désormais fermé.

Dans leur déposition lue à l'audience, l'aide-soignante et l'auxiliaire de vie présentes ce soir-là ont raconté comment elles avaient elles-mêmes été balayées par la vague. Echappées par une fenêtre, elles ont nagé dans le noir, en hurlant à l'aide dans le vide, jusqu'à regagner péniblement le premier étage.

Les communications étaient impossibles et les rues impraticables. Avec l'aide de deux pompiers arrivés à pied, elles sont redescendues, de l'eau jusqu'à la taille, au secours des résidents.

- Lits qui flottaient -

Certains étaient allongés sur leur lit qui flottait, d'autres se tenaient dans l'eau boueuse et tourbillonnante. Mais il était trop tard pour Marguerite Giunipero, 94 ans, Jacqueline Colombier, 91 ans et Josiane Chaix, 82 ans.

Elles auraient eu la vie sauve si les résidents avaient tous été conduits par précaution au premier étage. Déplacer ainsi 21 personnes dépendantes et pas forcément coopératives est délicat, mais la mesure avait été prise in extremis lors d'une précédente inondation en 2005, et déjà une fois de manière préventive en 2011.

Pour déterminer pourquoi cela n'a pas été fait ce soir-là, le tribunal a commencé à examiner mardi ce que l'on savait à l'époque des risques pour la commune et pour l'Ehpad, quelles étaient les procédures en place et comment les prévenus ont géré la crise.

La tâche a été compliquée par les déclarations souvent évasives des prévenus. La palme revenant au représentant d'Orpea qui n'était pas chargé de la région au moment des faits et n'a apporté quasiment aucune réponse.

Ce jour-là, Météo France avait placé le département en vigilance "orange" avec un risque d'orages potentiellement accompagnés de lames d'eau. Mais la commune n'a pas activé en amont son Plan communal de sauvegarde (PCS) qui prévoyait en particulier de prévenir les habitants des zones inondables.

"A l'époque, une vigilance orange ça voulait dire qu'on voit venir, parce que 90% des alertes oranges sur le département n'ont pas eu d'incidence à Biot", a assuré M. Pastierik, parti ce soir là à un match de foot.

La commune comme l'Ephad comptaient sur les bassins de rétention, creusés après les inondations de 2005. "Mes collègues m'avaient juste dit: on ferme les portes anti-inondation et de toute façon, avec les bassins on est protégé", a expliqué Mme Gledel, alors en poste depuis un mois.

Mais ces bassins se sont remplis en moins d'un quart d'heure et leur débordement a accentué l'effet de chaos soudain vers 21H30.

Le procès doit se poursuivre mercredi avec l'étude de la gestion concrète du soir du drame. Les parties civiles et le parquet doivent s'exprimer jeudi, avant les plaidoiries de la défense vendredi. Le jugement devrait être mis en délibéré.

Par Fanny CARRIER / Grasse (France) (AFP) / © 2024 AFP

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