Il y a trop de viandes dans les cantines scolaires, selon Greenpeace

Selon une enquête approfondie, l'ONG Greenpeace révèle qu'il y a trop de viande dans les cantines scolaires.

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Trop de viande servie dans les cantines scolaires françaises. Tel est le constat dressé par Greenpeace qui révèle, dans une enquête menée au sein de plusieurs établissements, que 70 % des écoliers se voient proposés des protéines animales dans leur assiette, au quotidien. L'étude déplore par ailleurs l'absence de menu végétarien et ce n'est pas la loi sur l'agriculture et l'alimentation, votée mercredi à l'Assemblée, qui risque de faire bouger les choses. L'amendement déposé en ce sens ayant été en effet rejeté. Ce manque de variété alimentaire, des milliers d'élèves y sont confrontés chaque jour. Reportage.

"Des menus végétariens, ce serait pas mal"

Située dans le XVIe arrondissement de la capitale, la Cité scolaire Molière - qui regroupe 1 360 collégiens et lycéens - fait partie de ces établissements ne proposant essentiellement que de la viande au menu. Une situation que regrettent certains élèves qui font le choix de ne plus se restaurer à la cantine. C'est notamment le cas d'Eole, que nous avons rencontrée. "Je trouve qu'il y a trop de viande. En plus, c'est tout le temps la même, souvent du porc, du poulet et du bœuf. Ça n'a pas l'air bon, ce n'est jamais appétissant et la qualité est mauvaise", déplore cette élève de seconde, âgé de 14 ans. Pour Danny, c'est aux cantines de faire un effort pour s'adapter, à commencer par l'option végétarienne. "Des menus végétariens, ce serait pas mal. Même des repas à base de soja, ça pourrait être intéressant", confie  ainsi le jeune homme de 19 ans. Rappelons que seuls 9 % des écoliers français ont actuellement droit à des repas végétariens au moins une fois par semaine.

Au sein du groupe scolaire Bauches, situé à proximité du collège-Lycée Molière, la population est plus jeune mais la problématique reste identique, il n'existe que très peu d'alternative à la viande. Problème, certains élèves n'en consomment pas et sont donc contraints de manger un peu moins que leurs camarades. "On ne peut manger du poisson que le vendredi et quand il y a de la semoule et de la viande, ils donnent moins de semoule à ceux qui ne mangent pas de viande... C'est injuste !", regrette Elia, élève de CM1.

"Le lobby du végétal est puissant, il agit sur certains décideurs et ça, c'est grave !"

Pour certains parents, pas question pour autant d'abolir la viande ou d'en réduire la quantité. "Il faut que chaque enfant soit rassasié. Il ne faut pas éliminer la viande (...) ils grandissent, ils sont en pleine croissance et en ont besoin pour le cerveau", souligne Isabelle, maman d'un enfant de 10 ans. Un argument que ne partage pas le nutritionniste Jean-Michel Cohen, lequel affirme que la viande peut très bien être remplacée, sans que cela n'altère le métabolisme des enfants. "Un végétarien, ça pose assez peu de problème parce qu'il va consommer notamment des produits laitiers et même, pour certains, du poisson. Donc il y aura très peu de carences à part peut-être un petit manque de fer pour les petites filles après la puberté, que l'on peut toutefois compenser en augmentant les légumineuses", explique le médecin, connu pour ses méthodes de régime. "Pour les enfants végétaliens, il va falloir croiser céréales, féculents et s'assurer que les parents leur prescrivent de la vitamine B12. Tout est possible à condition d'y mettre un peu de volonté", assure-t-il encore.

Du côté des artisans bouchers et charcutiers, le son de cloche est évidemment tout autre et tous dénoncent ce qu'ils considèrent être un lobbying alimentant la peur contre la viande. Jean-François Guihard (Président de la Confédération Française de la Boucherie, Boucherie-Charcuterie, Traiteurs) fustige ainsi l'attitude des végans, végétaliens et autres végétariens qui ont déclaré la guerre aux éleveurs, selon lui. "C'est le lobby du végétal, des anti-viandes, de la nature? Nous, nous sommes pour une diversité des produits. Nous sommes pour la nature, nous ne sommes pas contre tout ça mais à force de dire que la viande, le poisson, le lait, les œufs, c'est pas bon, il reste quoi ? Le végétal ?", rétorque-t-il d'abord. "Ce lobby puissant agit sur certains décideurs et ça c'est grave ! C'est la démocratie qui est en jeu", dénonce-t-il avec fermeté.

Le sujet n'a en tout cas pas fini de diviser mais, dans tout ce débat légitime, ne devrait-on pas penser en priorité à l'équilibre alimentaire de l'enfant ? Cet équilibre requiert, de fait, une alimentation variée qui, force est de le constater, n'est toujours pas appliquée dans la majorité des cantines scolaires du pays.

Propos recueillis par Clément Bargain.