Ibrahima, 16 ans, "bon, protecteur", footballeur et victime des rivalités territoriales en Seine-Saint-Denis

Décrit comme discret, généreux et sérieux, Ibrahima, 16 ans, se rêvait footballeur avant qu'un couteau dans la poitrine, sur fond de rivalités territoriales en Seine-Saint-Denis, vienne mettre un terme à sa vie.

bertrand GUAY - AFP

Décrit comme discret, généreux et sérieux, Ibrahima, 16 ans, se rêvait footballeur avant qu'un couteau dans la poitrine, sur fond de rivalités territoriales en Seine-Saint-Denis, vienne mettre un terme à sa vie.

Près de 350 personnes ont participé à une marche blanche samedi à Bagnolet en mémoire de l'adolescent, a constaté une journaliste de l'AFP.

Famille, habitants, élus étaient vêtus pour la plupart d'un t-shirt blanc arborant le portrait d'Ibrahima tout sourire avec l'inscription: "Plus jamais ça".

Sa maman, en tête du cortège, s'est agrippée au portrait de son fils tout au long de la marche qui s'est achevée peu après 13h00 au stade municipal par une prise de parole émouvante de l'oncle d'Ibrahima.

"Ibrahima était un jeune homme juste, bon, protecteur, ouvert", a déclaré Ousmane Diaïté. "Quand il arrive quelque part, il irradie par son sourire, par sa gentillesse", a-t-il poursuivi sous le regard d'un parterre de jeunes émus dont ses deux meilleurs amis présents au moment des faits.

Dans son vibrant discours, M. Diaïté a pointé "la faillite des adultes" ajoutant que "les seuls innocents dans cette affaire sont les jeunes".

"La seule manière que vous aurez à rendre hommage aussi bien à Ibrahima qu'à tous les jeunes qui sont partis, c'est de casser ce cycle de violence dont vous êtes les victimes", a-t-il conclu.

"C'était quelqu'un de gentil, quand on le connaissait pas il était timide mais après il s'exprimait et rigolait", décrit Nathan Fondja, camarade de classe et coéquipier de Kandji El Hadji, qui se faisait appeler Ibrahima, tué lundi soir aux Lilas, à l'âge de 16 ans.

Dans un sourire, l'adolescent se souvient de leurs nombreuses conversations sur le foot, lui fan du Real alors qu'Ibrahima soutenait le Barça.

"Il ne se prenait pas la tête, il était tout le temps joyeux et positif", ajoute Rayan Cincinnatus, un autre coéquipier, en marge d'un tournoi organisé vendredi soir en son honneur par son équipe des U17 de Montfermeil, à la place de l'entraînement habituel.

Milieu défensif, Ibrahima était arrivé en mai après trois ans au Red Star. Il ne nourrissait qu'un rêve: devenir footballeur.

- "Pas associé aux rixes" -

Ses amis insistent: Ibrahima, qui avait un petit frère de 15 ans, "n'aimait pas les histoires" et "n'était pas associé aux rixes".

Marche blanche en mémoire d'Ibrahima, un jeune de 16 ans tué d'un coup de couteau sur fond de rivalité territoriales en Seine-Saint-Denis, le 25 septembre 2021 à Bagnolet

Marche blanche en mémoire d'Ibrahima, un jeune de 16 ans tué d'un coup de couteau sur fond de rivalité territoriales en Seine-Saint-Denis, le 25 septembre 2021 à Bagnolet

Bertrand GUAY - AFP

Dans son quartier, le même récit tourne: Ibrahima était allé voir un ami jouer au foot aux Lilas. Sur le chemin du retour, accompagné de deux camarades, il croise vers 20H un autre jeune, qui leur demande de quelle ville ils sont originaires.

"Bagnolet", répond Ibrahima. Il n'en faudra pas plus: il est poignardé à mort. Touché par un seul coup de couteau au thorax, l'adolescent est décédé des suites de ses blessures à l'hôpital, près de deux heures plus tard.

"Le fait qu'il soit de Bagnolet, ça lui a porté préjudice", confiait à l'AFP un de ses amis, rencontré mardi à la sortie de leur lycée, à Montreuil. "Il y a toujours eu une rivalité entre Les Lilas et Bagnolet", selon l'adolescent de 16 ans.

D'après une source proche de l'enquête, une rivalité territoriale entre les deux communes voisines est bien à l'origine du déchaînement de violence du meurtrier présumé.

Agé de 16 ans, il a été mis en examen pour "homicide volontaire" et placé en détention provisoire, a annoncé le parquet de Bobigny jeudi.

Au lycée Jean-Jaurès, la victime était "très appréciée de ses camarades", témoigne Karima Nakara, son enseignante de management.

Marche blanche en mémoire d'Ibrahima, un jeune de 16 ans tué d'un coup de couteau sur fond de rivalité territoriales en Seine-Saint-Denis, le 25 septembre 2021 à Bagnolet

Marche blanche en mémoire d'Ibrahima, un jeune de 16 ans tué d'un coup de couteau sur fond de rivalité territoriales en Seine-Saint-Denis, le 25 septembre 2021 à Bagnolet

Bertrand GUAY - AFP

"C'était un élève respectueux, sur la réserve. Il attendait de voir comment ça se passait avant de s'ouvrir", raconte-t-elle.

Au club de foot, son entraîneur Fabio Frasconi loue un garçon avec "une aura positive" sur le groupe. "Il avait largement les compétences pour être au niveau national et avec du travail il aurait pu aspirer à plus".

Un t-shirt avec son numéro, le 6, a été remis à sa famille. Avec une inscription "Repose en paix, on ne t'oubliera jamais", accompagnée du prénom de chacun de ses coéquipiers écrits dans et autour d'un coeur noir.

Par Maryam EL HAMOUCHI, Wafaa ESSALHI / Bagnolet (AFP) / © 2021 AFP