Guyane: difficile combat contre le variant brésilien, devenu majoritaire

Le variant brésilien ? "Aucune idée de ce que c'est, il n'y a que les scientifiques qui le savent", sourit Gui, Guyanais de 84 ans. Contrairement à la population, les autorités locales s'inquiètent, ont renforcé les restrictions et étendu la vaccination aux plus de 30 ans.

jody amiet - AFP/Archives

Le variant brésilien ? "Aucune idée de ce que c'est, il n'y a que les scientifiques qui le savent", sourit Gui, Guyanais de 84 ans. Contrairement à la population, les autorités locales s'inquiètent, ont renforcé les restrictions et étendu la vaccination aux plus de 30 ans.

En Guyane, département qui partage une frontière fluviale et terrestre de 730 kilomètres avec le Brésil, "Le variant P1, dit brésilien, représente aujourd'hui plus de 84% des prélèvements positifs", a indiqué cette semaine le préfet Thierry Queffelec.

Selon les autorités sanitaires, "la couverture vaccinale de 5,32% en Guyane reste trop limitée pour protéger le territoire", elles ont donc annoncé élargir la cible vaccinale aux personnes de plus de 30 ans, dans cette région où une personne sur deux a moins de 25 ans.

Pourtant, au centre de vaccination de l'Encre, le seul de Guyane, les patients venus recevoir leur injection ne semblent pas tous s'en inquiéter.

Outre Gui, l'octogénaire, qui se dit, en souriant, pas du tout effrayé par le variant brésilien, Thomas, 32 ans, se montre tout aussi décontracté. Il espère même pouvoir voyager au Brésil bientôt grâce au vaccin.

Le personnel de santé enchaîne les vaccins sans temps mort, "entre 60 et 100 piqûres par jour", précise l'un d'eux. Cependant, pas de bousculade, ni de file d'attente, les patients arrivent 15 minutes avant l'heure du rendez-vous, se font enregistrer et passent dans une des sept lignes de vaccination.

Hervé, 73 ans, est venu avant tout pour prémunir sa famille. En revanche, le variant l'inquiète un peu plus que les autres. "Nous sommes voisins du Brésil, où la contamination est énorme, il était nécessaire de me protéger à ce niveau-là", car il n'est pas serein: "nous n'avons pas de frontière", déplore-t-il, "on ne sait pas qui rentre et qui sort".

- Contenir le variant -

La suspension des liaisons aériennes entre la France et le Brésil a braqué les projecteurs sur la Guyane voisine. Mercredi, le ministère de l'Intérieur annonçait la mise en place de tests antigéniques à l'arrivée des vols en provenance de Cayenne, en plus du test PCR négatif et du motif impérieux obligatoire pour voyager.

Clara de Bort, directrice régionale de la santé de Guyane, lors de sa vaccination contre le Covid à l'hôpital de Cayenne, le 30 mars 2021

Clara de Bort, directrice régionale de la santé de Guyane, lors de sa vaccination contre le Covid à l'hôpital de Cayenne, le 30 mars 2021

jody amiet - AFP/Archives

Le lendemain, la préfecture dévoilait un nouveau train de mesures : un couvre-feu du samedi 19H00 au lundi 05H00 dans huit communes, dont Cayenne et Kourou, un auto-test à réaliser à l'aéroport pour les voyageurs vers Paris, et un renforcement des contrôles à la frontière avec le Brésil.

A l'hôpital de Cayenne, le plan blanc a été déclenché mercredi, 18 des 23 lits de réanimation étant occupés, en majorité par des malades du Covid-19. La Guyane a connu une remontée fulgurante du taux d'incidence ces dernières semaines. Il culmine à 173 cas pour 100.000 habitants et atteint 200 à Cayenne et les communes limitrophes.

La prégnance du variant brésilien incite maintenant des personnes à se faire vacciner.

Fatoumata Traoré, infirmière au Centre Hospitalier de Cayenne, remarque que beaucoup d'institutrices viennent au centre de vaccinations. "Elles craignent d'être contaminées à la reprise des cours par des élèves qui seraient allés au Brésil pendant les vacances", explique-t-elle à l'AFP, "ces personnes n'étaient pas très motivées mais sont venues".

Le récent arrêt des liaisons aériennes entre la France et le Brésil ne concerne pas le département, car il n'y a plus de liaisons aériennes entre la Guyane et le Brésil depuis longtemps, l'unique compagnie assurant ces vols a quitté le territoire dès le premier confinement.

Mais si la frontière terrestre est fermée depuis plus d'un an, elle reste poreuse, des piroguiers parviennent à déjouer la surveillance sur le fleuve Oyapock. Le trafic des pirogues a diminué mais n'a pas cessé. En revanche, le prix de la traversée a augmenté.

Par Florian ROYER / Cayenne (AFP) / © 2021 AFP