Frédéric Schiffter : "Le mot 'peuple' ne veut pas dire grand chose"

Frédéric Schiffter, ancien professeur de philosophie et essayiste, auteur de “Contre le peuple” (édition Séguier), était l’invité d’André Bercoff, mardi 10 novembre, sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

Frédéric Schiffter invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Être contre le peuple est une posture subversive à l'heure où chacun se veut être son porte-parole ou son défenseur. C'est la position adoptée par Frédéric Schiffter dans son dernier livre.

 

"Ce n'est pas contre les gens que j'en ai"

Une thèse qui n'est "pas contre les gens en général", précise l'ancien professeur de philosophie qui admet un côté misanthrope, voire "un côté ours". "J'ai peu confiance dans les humains, mais ce n'est pas contre les gens que j'en ai, mais plutôt contre la notion de peuple", confie Frédéric Schiffter. Une notion assez floue selon lui, "le mot 'peuple' ne veut pas dire grand chose", déplore-t-il.

Parmi les théoriciens du mouvement social, rares sont ceux qui utilisent ce terme. Karl Marx "n'utilise d'ailleurs jamais ce mot et le laisse aux anarchistes, à Proudhon", remarque l'auteur. "Le peuple est une notion du XIXe siècle, emprunt du lyrisme, du romantisme, d'emphase", définit le professeur qui observe chez Michelet, que "lui même dit que le peuple est introuvable". "Quand il va à la rencontre du peuple, il tombe sur des artisans, des paysans…", ajoute Frédéric Schiffter.

 

"On essaie de fondre ces gens dans une unité que l'on appelle peuple"

"On tombe sur des catégories sociales", affirme l'essayiste qui déplore que l'on "présente toujours le peuple comme un sujet historique, une entité unie, qui subit l'histoire pour certains ou la fait pour d'autres". Pour Frédéric Schiffter, le peuple est tout simplement un ensemble "de catégories sociales qui ne sont jamais unies, qui sont souvent hostiles les unes à l'égard des autres", observe-t-il, prenant pour exemple les commerçants qui n'aiment pas les professeurs, "parce qu'ils sont payés à ne rien faire avec leurs impôts".

Frédéric Schiffter voit un abus dès lors que "l'on essaie de fondre ces gens dans une unité que l'on appelle peuple". Les dernières élections aux États-Unis a selon lui prouvé sa théorie. "Le candidat Trump avait son peuple, le candidat Biden avait son peuple à lui", affirme-t-il. Si pour Donald Trump, son peuple était plutôt "des gens qui se trouvent à la périphérie des grandes métropoles, un peu débraillés, achetant des armes ou roulant dans de gros pick-up", celui de Joe Biden ressemblait davantage "à des jeunes gens, élégants, bien dans leur peau". "D'un côté, il y a la classe moyenne inférieure, de l'autre, la classe moyenne moyenne ou moyenne supérieure. Mais chacun dira qu'ils sont le peuple", résume l'essayiste.

 

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