François Ruffin - Retraites à points, "Macron n'avait pas dit qu'en même temps il en profiterait pour faire des économies"

François Ruffin, député La France insoumise de la Somme et auteur de « Il est où, le bonheur » (éditions Les Liens qui libèrent) était l’invité du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le mercredi 11 décembre sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

François Ruffin interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio le mercredi 11 décembre à 7h40.

À quelques heures du discours d'Édouard Philippe censé présenter la réforme des retraites avec plus de précisions, François Ruffin a rappelé son opposition totale à ce projet mené par le gouvernement. Si certains voient ce nouveau système de retraite devenir "égalitaire sur le long terme", le député de la France insoumise estime en retour qu'aujourd'hui, "la principale inégalité est entre le capital et le travail". "On a des dividendes dont la part a triplé depuis les années 1980, et qui est aujourd’hui sous-taxée par rapport au travail. C’est la principale injustice qui serait à résoudre, notamment pour financer les retraites" explique-t-il, qualifiant cette pratique de "hold up tranquille d'une centaine de milliards d'euros qui ont glissé de la poche des salariés à celles des actionnaires". 

 

François Ruffin : "Je souhaite la retraite à 60 ans avec 40 années de cotisations"

Farouchement opposé au nouveau système par points, il cite François Fillon qui, durant la campagne présidentielle, avait déclaré que "la retraite à points a pour avantage de pouvoir baisser la valeur du point !". Il s'agit là de "l'enjeu central" pour l'élu de la Somme, qui voit une occasion de "diminuer discrètement la valeur du point, sans grande réforme". Avec plus de hauteur, François Ruffin dénonce le modèle de société que prône la majorité. "Macron nous a dit 'j’ai changé sur l'écologie'. Où est l'écologie dans cette réforme des retraites ? La question n'est absolument pas posée, or je pense qu’elle devrait être centrale". Pour lui, nous nous retrouvons à la croisée des chemins. "Est-ce que c’est travailler plus, consommer plus longtemps ou alors un autre projet de société qui définit comment on construit le bonheur de demain ?" interroge-t-il, arguant de faire un choix. "Je me situe dans la tradition du mouvement ouvrier, qui est une tradition de libération progressive du travail. Il faut poursuivre sur la dynamique du XXe siècle" rappelle l'auteur du livre Il est où le bonheur. Pas de doute, le député est bien "pour la retraite à 60 ans avec 40 années de cotisations". Pour lui, il faut "relever le seuil de 14% à 16% de la part du PIB dédiée à la retraite" pour pouvoir financer un départ à la retraite possible dès 60 ans.

François Ruffin est plutôt sceptique quand les défenseurs du rehaussement de l'âge légal de départ à la retraite lui répondent par l'allongement de l'espérance de vie. "Non on ne vit pas plus longtemps : aujourd'hui il n'y a plus d'augmentation de l'espérance de vie ! C’est en dessous du scénario le plus pessimiste. Aujourd’hui ça stagne" affirme-t-il. Pour lui, Emmanuel Macron "a mélangé deux choses". "Il a parlé d'une réforme 'juste' sans parler de l'aspect financier mais avec sa stratégie du 'en même temps', il veut profiter de ce système pour faire des économies sans en avoir parlé avant", déplore l'élu insoumis qui confirme être "pour le retrait de la réforme à points". Mais pas seulement. "Je suis pour la fin du régime spécial des actionnaires ! Ensuite on discutera des statuts selon les professions" déclare-t-il, rappelant que "si on n’a pas discuté d’abord du régime spécial entre les salariés et les actionnaires, il n’y a pas d’égalité au niveau du pays". 

 

"Pour la rue et les urnes"

Malgré son opposition à cette réforme menée par Jean-Paul Delevoye, dont François Ruffin pointe du doigt son activité en tant que "responsable d'un think-tank rémunéré 64.000 euros par an", le député est favorable  à "une réforme massive de la retraite". Il rappelle que "dans les dix dernières années, le RSA versé aux personnes âgées de plus de 60 ans a augmenté de 157%", constatant que "les gens n'arrivent plus jusqu'à la retraite en travaillant". Il déplore que le report de l'âge légal de la retraite passe de manière progressive "d'une retraite méritée à une allocation de pauvreté".

Dans la rue, mardi 10 décembre, entre 600.000 et 800.000 personnes ont manifesté en France, contre environ un million de personnes le 5 décembre dernier. "Ce n'est pas un essoufflement" tempère François Ruffin, qui note que "techniquement, c'était compliqué d'avoir le temps de se mettre en grève". Il appelle cependant "le corps social à soutenir les cheminots et la RATP pour ne pas les laisser seuls".  

Interrogé par Cécile de Ménibus sur le police bashing et la volonté de certains parlementaires d'interdire la prise de vidéos de policiers en intervention, le député de la France insoumise "souhaite un pays apaisé des deux côtés" et dénonce le deux poids deux mesures de l'Assemblée nationale, si prompte à rendre hommage "aux policiers, pompiers et soldats blessés" mais qui n'a pas eu "un mot de compassion pour les gilets jaunes amputés et éborgnés". Il rappelle ne pas être "dans le police bashing" ni dans "le gilet jaune bashing". Pour lui, "on peut s'interroger sur ce qu'il se passe sans que ce soit du police bashing ! La police appartient à la démocratie et donc on doit pouvoir l’interroger démocratiquement" insiste-t-il. Partisan de "la lutte sociale", François Ruffin rappelle que "la lutte peut se passer sans qu'il y ait de violences" et "en appelle à un débordement de joie". 

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