Francette Popineau : "L'école maternelle française est une très bonne école, mais..."

Secrétaire générale du SNUIPP-FSU, Francette Popineau était l’invitée du 18h Sud Radio ce lundi à la veille du lancement par Emmanuel Macron des assises de la maternelle.

L'école maternelle, nouveau chantier de réforme pour Emmanuel Macron ? (©Tim Douet)

Les assises de la maternelle. Tel est le nouveau chantier lancé par Emmanuel Macron ce mardi, dans le cadre de son projet global de réforme de l’éducation en France. Des assises qui laissent sceptique Francette Popineau, secrétaire générale du SNUIPP-FSU. "Il est urgent d’améliorer la maternelle, mais sans doute pas de la réformer. Nous avons des programmes tout à fait récents (2015) et qui ont été plébiscités par la communauté éducative, puisqu’il n’y a pas eu de votes contre ces programmes, ce qui est suffisamment rare pour être noté ! Sur les contenus, il n’y a donc pas de raison de faire des modifications. En revanche, on doit améliorer l’école maternelle en faisant attention aux effectifs (bien trop importants pour des élèves de cet âge) et à la formation des enseignants (formation initiale, formation continue). Mais est-ce bien de cela dont on va parler à ces assises de la maternelle… ?", s’interroge-t-elle au micro de Sud Radio ce lundi.

Parmi les problèmes régulièrement évoqués dans le milieu éducatif du premier degré figure notamment les difficultés grandissantes des enfants à écrire en arrivant au CP, la faute selon certains à l’importance prise par les tablettes et autres écrans dans nos vies aujourd’hui. Un faux procès selon Francette Popineau. "L’école maternelle est très attentive à ça, mais elle n’est pas hors-sol. Il faut aussi vivre avec son temps. Il est évident que les enfants vont fréquenter le monde du numérique et les claviers, mais la place de l’écrit à l’école est toujours conservée. On se fait peur avec ça, mais je crois que l’écriture a encore de beaux jours devant elle, on va encore prendre le crayon un long moment. Il est toutefois normal que le numérique entre à l’école, il faut préparer l’enfant de demain", affirme-t-elle.

"Remettre les compteurs à zéro à chaque nouveau ministre, c’est épuisant"

Alors qu’Emmanuel Macron souhaiterait introduire l’apprentissage de la lecture dès la dernière année de maternelle, Francette Popineau se montre, là aussi, sceptique. "On est toujours très pressés en France, on veut toujours que les enfants apprennent le plus tôt possible. Ils n’y sont pas totalement prêts. Ils sont prêts à absorber un certain nombre d’informations et à apprendre certaines choses, mais ils doivent aussi mettre en place des habiletés dont ils se serviront pour les apprentissages. Il faut se méfier des choses apprises de manière technique et systématique et qui empêchent les enfants de réfléchir sur ce qu’ils apprennent. Sincèrement, je crois que l’école maternelle française est une très bonne école, mais elle n’a pas les bonnes conditions pour bien réussir, avec des effectifs bien trop lourds. C’est l’une des raisons qui font qu’on n’arrive pas à enrayer les inégalités. Il faut donc améliorer l’école avec les vrais leviers, mais remettre les compteurs à zéro à chaque fois qu’il y a un nouveau ministre, c’est épuisant et démotivant", conclut-elle.

Réécoutez en podcast l’interview de Francette Popineau dans le 18h Sud Radio