"Face au burn-out, il est fondamental de se réinvestir dans un autre projet"

Alors que la proposition de loi pour reconnaître le burn-out comme maladie professionnelle revient à l'Assemblée nationale, une personne victime de burn-out au travail nous raconte son expérience.

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Maladie mal connue, parfois minimisée, le burn-out professionnel touche de plus en plus de personnes. Au point qu'une proposition de loi revient jeudi à l'Assemblée nationale pour la reconnaître comme maladie professionnelle.

Au micro de Sud Radio, une personne victime de burn-out témoigne et raconte son expérience, préservant son anonymat ainsi que celle de la société qui l'employait.

"J'ai été recruté pour piloter un projet, mais le problème, c'est qu'on m'a demandé de mettre en place un schéma industriel qui, pour moi, ne correspondait pas à une optimisation des coûts. Et quand je faisais remonter mes observations, on ne m'écoutait pas. Au final, on me demandait de valider des choses qui, sur des plans financiers et industriels, ne tenaient pas la route", a-t-il expliqué, pointant notamment "l'incompétence managériale" à laquelle il faisait face.

En dépit de toutes ses mises en garde, le projet qu'il devait mener a finalement abouti : "Il y avait, par exemple, une plateforme industrielle qui n'était pas justifiée et qu'on me demandait de maintenir et de moderniser, à coups de dizaines de millions d'euros. En permanence, on contrariait les propositions que je faisais et les analyses que je faisais remonter, qui disaient que cette plateforme n'était pas tenable financièrement. Avec un coût humain par la suite, car je disais qu'on allait vers des suppressions d'emplois par centaines. Et finalement, aujourd'hui, cette plateforme industrielle va être rasée, après avoir été entièrement rénovée à coups de dizaines de millions d'euros."

Vous finissez par négliger votre vie de famille, votre épouse, vos enfants, parce que votre vie professionnelle vampirise tout

Le tout, couplé à des sollicitations répétées de manière démesurée : "C'était des mails les week-ends, des soirées qui y passaient, au détriment de ma famille. Vous finissez par négliger votre vie de famille, votre épouse, vos enfants, votre vie privée, parce que votre vie professionnelle s'immisce au quotidien, même le week-end. Les relations sont distendues, vous n'êtes plus à leur écoute, vous êtes accaparé par votre boulot, qui vous bouffe, qui vous vampirise."

Les difficultés qu'il a rencontrées au début des années 2010 dans son entreprise n'ont pas eu un impact immédiat sur sa santé. "Au début, on se dit que demain sera un autre jour, on est très philosophe, explique-t-il. J'ai tenu un an en essayant de rester pondéré, d'argumenter, en étant dans la positivité. Et puis j'ai fini par avoir des crampes, des pertes de sommeil. Vous vous effondrez le dimanche après le repas parce que vous avez besoin de récupérer. J'en suis arrivé à un point où je ne pouvais plus marcher, j'ai dû prendre des semelles compensées parce que j'avais des douleurs au niveau des pieds..."

Les victimes de burn-out ne sont pas des fainéants ou des gens fragiles

Plusieurs années après, il confie commencer à se remettre de ce qu'il a vécu : "Je suis en reconstruction. Je me projette vers un autre projet. Je vais quitter ma société et faire autre chose. Il faut se réinvestir dans un autre projet. C’est la clé. C’est fondamental."

Et aujourd'hui, il souhaite également chasser les idées reçues : "Les gens qui sont dans le burn-out ne sont pas des fainéants, des gens fragiles. J’ai subi des sélections, j’ai été reconnu pour mes compétences, je suis hautement diplômé, j’ai résisté à des conflits sociaux, j’ai eu des grosses entités à gérer. Il n’y a aucune fragilité de ma part."

Reconnaître, comme l'envisage la proposition de loi, le burn-out comme maladie professionnelle serait, selon lui, un début. "Je pense que ce qui est dissuasif, ce sont les sanctions qu’encourent les sociétés, précise-t-il. Et la reconnaissance comme maladie professionnelle m'aurait facilité la vie. Quand vous êtes confrontés à cela, vous devez trouver des médecins compétents, alors qu'ils ne sont pas formés, qu'ils ne connaissent pas le burn-out. D'ailleurs, les arrêts de travail pour burn-out n'existent pas. Donc vous vous orientez vers un psychiatre et là, on vous dit que vous êtes en dépression. Ce qui pose un autre problème, parce que, quand vous êtes en dépression, les assureurs ne vous couvrent pas pour un prêt..."

Propos recueillis par Alfred Aurenche pour Sud Radio