Exclusif - Deux "black blocs" se confient: "On se défendra. Si on cède à la peur, on abandonne la lutte"

Des black blocs à Paris
ERIC FEFERBERG / AFP

C’est la bête noire du gouvernement. Les autorités s'inquiètent de la présence de 1000 à 2000 individus violents dans le cortège parisien de ce 1er mai. La préfecture ne veut pas revivre les scènes de chaos de l'année dernière. 7400 policiers et gendarmes mobilisés dans la capitale. Les contrôles préventifs ont commencé dès mardi soir pour repérer et interpeller les manifestants les plus dangereux. Mais ça n’empêchera pas ces militants déterminés d’infiltrer le cortège intersyndical.

Reportage Sud Radio de Clément Bargain

Depuis une dizaine d’années, ce militant antifasciste participe aux black blocs: "On manifeste contre la précarité sociale, la vie chère. C'est la remise en cause du système capitaliste, des inégalités sociales, raciales et également de genre."

Les violences? "Une conséquence des inégalités, de la répression policière..."

Sans prôner la violence, il explique celle-ci comme une réponse à d'autres formes de violences sociétales:

"La violence subie au quotidien due aux inégalités sociales du capitalisme, et la violence de la répression policière subie en manifestation, débouchent sur des réactions instantanées, pas forcément prévues. Il suffit qu'un cordon de CRS soit présent pour nous charger, et c'est ce cordon là qui va subir une réponse à l'agression précédente. Face à un modèle économique qui structure toute notre société, tous nos rapports sociaux, jusqu'à notre vie personnelle et intime, la réponse à ça, parfois, n'est pas forcément calculée, réfléchie etc"

"Pas un déferlement de haine pure et gratuite"

Pour autant, il l'assure: les violences émanant des black blocs ne frappent pas aveuglément:

"Il y a des personnes qui vont s'en prendre à des biens publics ou des multinationales. Après, en général, c'est pas les petits commerçants, des personnes innocentes ou des passants qui vont se faire agresser. C'est quand-même calculé, c'est pas un déferlement de haine pure et gratuite. Par rapport aux violences économiques qu'on subit, en fait, les biens matériels, c'est clairement dérisoire.".

"Cibler les multinationales qui délocalisent, et les symboles de l'Etat"

Ce 1er mai après-midi, il sera en tête de cortège. Il décrit les black blocs comme un mouvement composite:

"On va trouver des militants de base syndicale, des militants issus des milieux étudiants, des milieux autonomes, des milieux du stade, des gilets jaunes"

Le black bloc n’est pas un mouvement ni un parti: c’est une méthode d’action avec des cibles bien précises: "ça cible les multinationales qui délocalisent ou qui ne payent pas leurs impôts, ou alors ça s'en prend à l'Etat, aux symboles de l'Etat".

"Se masquer pour ne pas être identifiable"

Et parmi ces symboles, policiers et gendarmes…. Le mot d’ordre de ces militants : ne pas céder à la pression: "quand il y a les agressions policières qui commencent à s'affirmer sur le cortège, les personnes se masquent pour répondre aux gaz lacrymogènes, ou se changent avec un K-way noir ou des vêtements sombres, pour être difficilement identifiables".

"Radicalisation du corps policier, la balle est de leur côté"

Concernant ce 1er mai 2019? "Tout dépend de comment le préfet et les forces de police vont s'adapter à cette manifestation. On sait très bien qu'ils sont en train d'établir une nouvelle stratégie à propos de la gestion des cortèges. Il y a un retour des policiers à moto, un démusèlement des chiens à proximité des cortèges. Tout ça s'inscrit dans une radicalisation du corps policier, avec toujours l'usage des flashballs, des canons à eau et des gaz lacrymogènes... Donc en fait, la balle est entre leurs mains."

"On se défendra. Si on cède, on abandonne l'opposition politique"

Et face au discours de fermeté du gouvernement, cette autre militante est prête à en découdre: "D'après ce qu'ils disent, c'est eux qui veulent nous attaquer en premier, nous charger, nous contrôler. Si on n'a pas le choix, on se défendra. Si on cède à la peur, c'est qu'on abandonne la lutte, l'opposition politique."
Les affrontements pourraient s'avérer particulièrement violents, avec la présence de gilets jaunes radicalisés.

Les rubriques Sudradio