Elisabeth Levy - "Qui de Mélenchon ou Le Pen va plumer l'autre?"

Chronique

Le regard libre d'Élisabeth Lévy

 

Le mouvement social contre la réforme des retraites a révélé une drôle de coalition

Aurore Bergé, porte-parole de La République En Marche, l’observait récemment. "Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et la CGT" sont "main dans la main" contre la réforme des retraites. Preuve pour elle que les extrêmes se rejoignent toujours.

Sur le terrain on a déjà vu cette convergence des luttes et des colères chez les Gilets jaunes. Début novembre sondage IFOP / JDD provoquait un petit choc: en cas de deuxième tour Macron / Le Pen à la présidentielle, écart au deuxième tour se resserre. 55/45 (En 2017, élu à 66 %). Autre enseignement: au deuxième tour, 63 % des électeurs de Jean-Luc Mélenchon votent Le Pen.

 

Ça n’a pas dû plaire à Jean-Luc Mélenchon

Ça l’a peut-être fait réfléchir. Lui qui traitait Marine Le Pen de semi-démente déclare le 5 décembre qu’elle est "en train de faire un progrès en direction de l'humanisme". Il dit aussi que les adhérents du Rassemblement national sont les "bienvenus" aux manifestations. Dans ses rangs, on se bouche le nez. Il plaisantait dit Manon Aubry. France Inter voit pointer les rouges bruns, Libé s’étrangle. Martinez fait savoir qu’il ne mange pas de ce pain-là: pas de racistes dans mes manifs.

 

Comment s’explique ce changement de ton ?

Je ne sais pas si Mélenchon est qualifié pour décerner des brevets d’humanisme mais le rapport de forces politique, il connaît. Il voit que, pour une partie de son électorat populaire de 2017, la digue a sauté: on peut voter RN sans être un facho.

Sur l’économie, les services publics, les retraites, pas grande différence. Si cet électorat le quitte, à cause de ses positions sur l’immigration et son flirt avec l’islamo-gauchisme. Ces électeurs veulent une politique ferme et ne veulent pas être traités de racistes à cause de ça.

 

De toute façon, faute d’alliés, le RN a peu de chances d’accéder au pouvoir

C’est vous qui le dites, mais ça n'est pas ce que pense par-exemple le politologue Jérôme Sainte Marie. Pour lui, le grand clivage structurant n’est plus droite contre gauche mais bloc élitaire contre bloc populaire. Bloc élitaire capable de s’unir : LR et une partie du PS plutôt favorable à la réforme. En revanche le bloc populaire (que Macron appelle populiste) est divisé. Ce qui permet à Macron de gouverner en étant très minoritaire. Question essentielle : qui peut réunifier le bloc populaire ? Autrement dit, qui, de Mélenchon ou Le Pen, plumera l’autre ?). Sainte Marie estime dans la revue Elements que ce sera elle. Quoi qu’il en soit, on ne va plus pouvoir faire chanter les électeurs en leur disant si tu votes mal, Le Pen viendra. Il faudra désormais combattre le RN à la loyale.