Élisabeth Lévy - "Mila exclue de son lycée : chronique d'une défaite collective"

Pour avoir osé donner le nom de son lycée lors d'un live avec ses amis sur Instagram, Mila a été exclue de son lycée militaire en Isère et voilà donc que même l'armée n'ose plus protéger la jeune fille. L'inversion des valeurs est totale : la victime doit vivre cachée pour vivre heureuse. Voilà pourquoi nous aussi n'avons pas su - et pu ? - la protéger.

Tous les matins à 8h15, le regard libre d'Elisabeth Lévy dans le Grand Matin Sud Radio.

Revenons sur l’affaire Mila, évoquée avec Marlène Schiappa ce matin sur Sud Radio.

Deux mois après Samuel Paty, alors que le procès Charlie touche à sa fin, pendant qu’est votée la loi contre le séparatisme. Oui, nous sommes en guerre contre islam radical. Et après l’Éducation Nationale, c’est l’armée qui renonce à scolariser la jeune fille, placée sous protection policière depuis janvier. Bien sûr, Marlène Schiappa soutient Mila. Elle se démène, saisit le procureur. Les mots sont forts mais soulignent notre impuissance collective à protéger Mila et garantir son droit fondamental non seulement à l’éducation mais à une vie normale. Et non, tout le monde n’a pas le droit d’avoir un avis sur le fait qu’elle doit ou pas aller sur les réseaux sociaux.

Le père de Mila dénonce la lâcheté de l’armée. 

Oui, ce qui est terrible. Même l’armée a peur. Comme la police. Preuve de notre défaite annoncée ?

Dans ces conditions, on ne peut pas compter sur l’Éducation Nationale pour résister. Le lycée isérois de Mila a réagi comme d’habitude : pas de vagues. Et c’est tout aussi vrai dans le privé. L’exemple de Nadia Remadna, cette militante laïque qui avait quitté Sevran pour un poste dans une école catholique parisienne, en atteste. Après l’assassinat de Samuel Paty, celle-ci dénonce la violence islamiste sur LCI et reçoit les menaces de mort rituelles. Elle a été virée de son école. Comme souvent, voilà la victime sanctionnée tandis que les coupables sont en liberté.

On peut comprendre que les directeurs d’établissement aient peur. Mais la peur n’excuse pas la lâcheté

Car la soumission est l’autre nom du “réalisme”. Seulement, parfois, il faut se dresser contre le réel. Il est vrai que la condamnation de toutes les Mila ne vient pas seulement de cette partie de la jeunesse musulmane islamisée, mais d’une grande partie de la jeunesse tout court, intoxiquée par un antiracisme idéologique qui prône l’effacement de la culture française pour s’adapter aux nouveaux arrivants et fonctionne à l’intimidation.

Selon des sondages Ifop pour Marianne, près de la moitié des 18-30 ans considèrent que l’islamisme n’a pas déclaré la guerre à la République et surtout ne veulent pas offenser, ce qui revient à reconnaître le blasphème. Hanouna qui parle à la part de cerveau disponible de cette jeunesse a bien compris : il n’est ni Charlie, ni Mila. Le père de Mila estime que ce ne sont pas nos concitoyens qui manquent de courage. On aimerait le croire. Mais nous faisons des lois, nous vantons la supériorité de notre État de droit et dans le même temps, nous passons notre temps à nous incliner devant la force.