Élisabeth Lévy - "L'affaire Rihanna devrait interpeller ceux qui maintiennent que le séparatisme n'existe pas"

La superstar américaine de la pop a osé diffuser des hadith - propos "empruntés" au prohète Mahomet - lors d'un défilé de mode qu'elle organisait. Dans les minutes qui ont suivi, Rihanna a eu droit aux harpies anti-blasphème, lesquelles ont été sûrement réconfortées de voir des chroniqueurs de Touche pas à mon Poste aller à contre-courant du combat de ceux qui sont morts pour l'esprit Charlie.

Tous les matins à 8h15, le regard libre d'Elisabeth Lévy dans le Grand Matin Sud Radio.

La chanteuse Rihanna suscite un scandale planétaire sur les réseaux sociaux.

Une fois de plus, des musulmans offensés menacent, tempêtent, appellent au boycott. 

Son crime ? Vendredi, lors d’un défilé pour sa marque de lingerie diffusé sur Amazon Prime Video, des musulmans sourcilleux découvrent, estomaqués, que la chanson “Doom” reprend un hadith, à savoir une parole du prophète évoquant - paraît-il - le jugement dernier. Faire défiler des filles en petite tenue sur ces paroles sacrées serait du blasphème. 

Le torrent d’indignations exige des excuses. Et les défenseurs de la chanteuse restent très minoritaires. 

Quel est l’intérêt de cette énième polémique ? 

De montrer le fossé mental entre nombre de jeunes musulmans et le reste de la société. L’un des rares messages écrits dans un français correct ose : « les non musulmans ne comprendront jamais à quel point ça fait mal de voir qu’on insulte notre religion ou Allah, ils croient que c’est une simple croyance, qu’il faut accepter l’humour et les critiques et les insultes... si seulement ils savaient que l’Islam est Vérité ». Tandis qu’une certaine Inès accuse les musulmans qui défendent Rihanna de s’être faits manger le cerveau. 

Ils sont nés ici, sont allés à l’école de la République mais ne comprennent rien à la liberté de conscience. Cela devrait interpeller ceux qui, encore, nous expliquent que le séparatisme n’existe pas. 

S’agit-il d’une minorité ?

Selon des enquêtes, cela concerne une minorité très importante dans la jeunesse musulmane. Mais au-delà des musulmans, sous couvert de respect des croyances, voilà un bel exemple de victoire de l’esprit de soumission. À l’image de ce message sur Twitter : “J’suis même pas musulmane mais ça commence à me saoûler ce manque de respect envers l’islam”. Nous avons également eu droit à une démonstration imagée sur le plateau de TPMP hier. 

“Limite j’ai envie de la tuer (Rihanna)”, a déclaré la chroniqueuse tunisienne Myriam Debbegh, qui arborait un décolleté plongeant assez peu coranique. Cela a tout de même fait réagir Hanouna. 

Sinon, tous les chroniqueurs ont communié dans le Rihanna-bashing. Gilles Verdez déclarait être « extrêmement choqué, c’est une insulte aux musulmans »

Un petit blond résume l’ambiance, sur le plateau comme dans une grande partie de la société. « On sait que tout ce qui touche à la religion et au blasphème, c’est touchy.  Ils uraient pu mettre n’importe quelle musique. » En déclarant cela, le jeune homme n’a sans doute pas conscience d’insulter les morts de Charlie. 

En 2006, Cabu disait : « C’est dur d’être aimé par des cons »

En écoutant les chroniqueurs de Hanouna, et toutes ces hordes numériques, on se dit surtout : « C’est dur de vivre-ensemble avec des cons ».