Élisabeth Lévy - "La police est à bout et on découvrira que police nulle part, c'est l'injustice partout"

Après les déclarations d'Emmanuel Macron sur Brut, cumulées à un mal-être ambiant exacerbé avec les contrôles d'attestation de confinement et les violences subies durant les manifestations, chaque samedi ou presque depuis deux ans, la police craque. Alliance et l'UNSA refusent de participer au Beauvau de la Sécurité.

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Deux syndicats de policiers refusent de participer au Beauvau de la sécurité

La police est au bord de la crise de nerfs, en atteste le refus de l’UNSA et d’Alliance de participer au grand barnum de Darmanin. "Ça va se régler par du fric”, m’a dit un flic chevronné et écoeuré. Il y a aussi ces démissions adressées par dizaines aux DRH (qui les enterrent, faute de candidats). Mais aussi des incidents plus graves, encore isolés. À la frontière suisse, la PAF a contrôlé tout le monde et a tout bloqué. Dans une ville du Sud, des policiers ont été appelés dans une cité pour une opération de contrôles d’identité et sont repartis aussitôt arrivés. Le refus d’obéissance, c’est la faute la plus grave dans le métier, la plus mal vécue. Mais personne ne veut faire de foin par peur de la contagion.

Ce ras-le-bol ne vient pas seulement de l’interview de Macron à Brut, mais celle-ci avait tout de la goutte d’eau dans le vase.

Cet entretien symbolise l'abandon. Quand le président de la République valide l’existence des contrôles au faciès, il prend le parti de cette gauche anti-flics qui a table ouverte dans les médias. On hurle parce qu’un commissaire a fait un croche-pattes à un manifestant violent, alors beaucoup de gens finissent par croire que le problème vient de l’usage excessif de la force.

C’est un peu vrai, non ? 

Non, c’est le contraire : la force a changé de camp. Les voyous roulent des mécaniques tandis que les flics se font tabasser, comme à Valenciennes ce lundi. Mais qu’ils osent filent une baffe et c’est le lamento des associations qui parlent  comme si on vivait dans le monde de Gabin. Ces associations - comme la LDH et le MRAP - qui ont toutes été invitées au Beauvau de la sécurité.

Peur à tous les étages. Nos gouvernants ont peur de la pensée dominante. Les jeunes policiers ont peur pour leur sécurité et peur de faire usage de leurs armes. Ils sont désormais volontaires pour faire le planton. 

On voudrait qu’ils maintiennent l’ordre mais en étant bien gentils et respectueux avec les voyous. Et c’est ainsi qu’on a vu des manifestations interdites tous les samedis. Le résultat, on le connaît, c’est 30 000 flics au tapis chaque année. Pas un ne voudrait que ses enfants fassent le même métier que lui.

Est-ce seulement un problème politique ?

Il y a évidemment le lancinant problème de la réponse pénale. Globalement, la justice supporte de moins en moins le fait de sanctionner. Seule bonne nouvelle  : ils seront sans doute modérément zélés dans le contrôle du couvre-feu. Reste qu’un jour, les policiers en auront marre de se faire insulter pour pas un rond. Et on découvrira que police nulle part, ça veut dire injustice partout.