Élisabeth Lévy - James Bond sera désormais une femme : les néo-féministes confrontées à leurs contradictions

Pour le dernier film de Daniel Craig dans la peau du plus célèbre des agents secrets, le matricule 007 sera désormais portée par une femme. Tout un symbole de l'égalitarisme comme négation de l'altérité sexuelle. Et quid de ces femmes ni soumises ni dominées qui aiment "la virilité à l'ancienne" ?

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Parlons de James Bond tant qu’il est encore temps...

Car ne l’appelez plus James Bond. Dans « Mourir peut attendre » qui sort le 31 mars, Daniel Craig restera Bond mais sera remplacé en tant qu’agent 007 par une femme noire - l’espionne Nomi - interprétée par Lashana Lynch. Les producteurs n’ayant pas poussé le politiquement correct jusqu’à choisir un laideron. De même que pour Zorro, le justicier masqué sera une justicière. 

Selon un sondage YouGov, 52 % des personnes interrogées sont favorables à cette féminisation des grands rôles. Et chez les 18-34 ans, la proportion monte à 63 %.

N’est-ce pas la preuve que l’égalité progresse dans les têtes ? 

Ce n’est pas l’égalité qui progresse mais la négation de l’altérité sexuelle. Or, on n’a pas le choix entre la domination masculine et l’indifférenciation. Quoi qu’en disent les néo-féministes, qui veulent rester victimes, le patriarcat est mort. Cela ne signifie pas que l’égalité des sexes est pleinement réalisée mais qu’elle est la norme légale, sociale. Or, nous devons nous battre pour conserver la différence. Même pour les homosexuels, l’existence du continent inconnu qu’est l’autre sexe rend la vie palpitante.

En quoi un James Bond femme est-il problématique ? 

James Bond est un archétype masculin, comme Phèdre est un archétype de la passion féminine. James Bond pourrait être noir ou asiatique, mais il ne peut pas être une femme et Phèdre ne peut pas être un homme. Flaubert n’a pas écrit Monsieur Bovary. Ces archétypes ont à voir avec le fait que, chez la plupart des gens, le désir des hommes et des femmes ne fonctionne pas de la même façon. Beaucoup de femmes ni soumises ni dominées aiment la virilité à l’ancienne - les hommes les vrais comme le dit l’expression populaire. C’est grave ? 

En somme, les femmes sont belles et les hommes forts ? 

Évidemment pas. Le grand progrès, c’est qu’on peut jouer avec ces stéréotypes, ou s’en affranchir totalement. Il y a mille façons d’être un homme ou une femme et le cinéma a inventé des centaines de personnages de femmes flics, présidente de la République, agent secret, en même temps que des hommes fragiles, fleur bleue.

Cette volonté de féminiser des héros masculins plutôt que de créer des héroïnes révèle le véritable projet néo-féministe : prendre la place des hommes. À cette fin, elles parviendront peut-être à faire des femmes des hommes comme les autres. Triste nouvelle pour les générations futures.