Dr. Maurice Berger : "Comment faire comprendre, à un mineur souvent, que tuer c’est grave ?"

Le docteur Maurice Berger, pédopsychiatre et psychanalyste était l’invité d’André Bercoff le 9 juin 2021 sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h,"Bercoff dans tous ses états" pour parler de son livre Faire face à la violence en France : le rapport Berger aux Éditions l’Artilleur.

Dr. Maurice Berger, invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Le pédopsychiatre et psychanalyste Maurice Berger, auteur de Faire face à la violence en France : le rapport Berger aux Éditions l’Artilleur, est revenu au micro d’André Bercoff sur l’aggravation des faits de violence en France. 

Dr. Maurice Berger : "Beaucoup de tentatives d’homicide, sont des homicides contrariés"

Seulement dix-huit mois après la sortie de son dernier livre, Sur la violence gratuite en France : Adolescents hyper-violents, témoignages et analyses, le docteur Maurice Berger, revient avec Faire face à la violence en France : le rapport Berger. Un laps de temps très court entre les deux publications que le pédopsychiatre explique par une aggravation de la violence. "J’ai constaté que les faits étaient de plus en plus graves. C’est-à-dire qu’avant c’était frapper qui n'était plus grave ; et maintenant tuer n’est plus grave" explique-t-il mettant en avant la nouvelle problématique à laquelle la société doit faire face : "Comment faire comprendre, à un mineur souvent, que tuer c’est grave ?". 

En effet, les mineurs coupables de violences ne semblent plus se rendre compte de la gravité de leurs actes. La multiplication de ces derniers se voit d’ailleurs dans les chiffres et particulièrement dans ceux des tentatives d’homicide. Le Dr. Berger explique : "en 2018, 2.004 tentatives, 2.006 en 2019 et 3.006 en 2020". La hausse est considérable mais le chiffre biaisé "beaucoup de tentatives d’homicide, sont des homicides contrariés par les réanimateurs" explique le médecin qui rappelle qu’il y a "quelques années 7 personnes sur 10 atteintes par arme blanche ou par balle décédaient contre 3 sur 10 aujourd’hui". 

Cette aggravation de la violence est également due à la disparition progressive du sentiment d’empathie. Un phénomène que Maurice Berger remarque principalement dans les déclarations des procureurs "lors de procès de jeunes de 14-15 ans ". Les procureurs déclarent ainsi "ce jeune n’a pas montré de remords immédiats. C’est une formule pudique pour dire que le jeune ne regrette pas son geste mais qu’il regrette les ennuis que cela lui provoque."

"C’est la justice pénale des mineurs qui nous condamne à l’échec"

Si l’aggravation des violences et l’une des raisons de l’écriture de ce nouveau livre, l’adoption de la loi dite Belloubet. "Cette loi, c’est la justice pénale des mineurs qui nous condamne à l’échec. Je veux dire que tant que cette loi sera maintenue, tant que ce gouvernement maintiendra cette loi, nous n’avons aucune possibilité de progresser dans la prévention de la violence" martèle le Dr. Maurice Berger. Le praticien regrette que le pédagogique prenne le pas sur le répressif. Mais par-dessus tout, il regrette l’interdiction des courtes peines. 

"Beaucoup de magistrats expliquent que les peines courtes de quinze jours représentaient un coup d’arrêt souvent très intéressant pour beaucoup de jeunes" détaille Maurice Berger qui voit dans ces peines un possible électrochoc pour les jeunes. "En 2002, à l’Ecole nationale de la magistrature, on enseignait qu’il fallait des peines courtes de prison comme signal d’alarme" regrette-t-il, estimant qu’il faut calquer notre vision sur celle des Pays-Bas. 

 

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