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Diffamation: relaxe des six féministes poursuivies, Christophe Girard annonce faire appel

Le tribunal correctionnel de Paris a relaxé vendredi cinq militantes et un militant féministes, poursuivis pour diffamation et injures publiques par Christophe Girard, brocardé pour ses liens avec l'écrivain Gabriel Matzneff, une décision saluée par la défense comme "une victoire dans la lutte féministe et contre la pédocriminalité".

Bertrand GUAY - AFP/Archives

Le tribunal correctionnel de Paris a relaxé vendredi cinq militantes et un militant féministes, poursuivis pour diffamation et injures publiques par Christophe Girard, brocardé pour ses liens avec l'écrivain Gabriel Matzneff, une décision saluée par la défense comme "une victoire dans la lutte féministe et contre la pédocriminalité".

Joint par l'AFP, Christophe Girard, ex-adjoint à la culture de la maire de Paris Anne Hidalgo, a pris connaissance avec "surprise et étonnement du cynisme du jugement". Il a annoncé faire appel.

En 2020, M. Girard avait porté plainte contre six féministes - cinq femmes, un homme - dont l'élue Alice Coffin, pour des propos ou visuels relayés sur Twitter comme "Mairie de Paris bienvenue à pedoland" ou "Girard à la culture ? HLM, prix, pension, honneur pour les pédos".

Ces féministes avaient dénoncé ses liens avec Gabriel Matzneff, écrivain accusé de pédocriminalité, au cours notamment d'une manifestation en juillet sur le parvis de l'hôtel de ville.

- "Ca va beaucoup mieux" -

A la sortie du tribunal vendredi, le soulagement était de mise du côté des féministes.

"Ca va beaucoup mieux", a reconnu dans un sourire Raphaëlle Rémy-Leleu, évoquant auprès de l'AFP une "séquence politique, puis judiciaire extrêmement longue, extrêmement coûteuse, extrêmement éprouvante".

"Nous nous réjouissons de la relaxe générale", ont écrit dans un communiqué commun Alice Coffin, Raphaëlle Rémy-Leleu, Coline Clavaud-Mégevand, Céline Piques, Alix Béranger et Morgan Jasienski.

Dans son jugement, le tribunal estimé que le slogan "Mairie de Paris, pas d'adjoint à la culture du viol", était présenté sous l'aspect d'un jeu de mots et ne dépassait donc pas les limites admissibles de la liberté d'expression.

Il reconnaît néanmoins que M. Girard a pu légitimement se sentir outragé de voir son nom accolé à l'expression "culture du viol".

C'est "bienvenue dans le monde des insultes", dénonce de son côté Christophe Girard, auprès de l'AFP.

"Ayant ressenti de l'homophobie sournoise en m'associant au terme +pedoland+ pour qualifier la Mairie de Paris, c'est assez douloureux pour le militant de l'égalité que je demeure que le verdict soit tombé, hasard j'imagine, le 17 mai, journée mondiale de lutte contre l'homophobie, la transphobie et la biphobie", poursuit l'homme de 68 ans.

- "Procès du système Matzneff" -

En revanche, le tribunal a rejeté la demande de dédommagements de la part des avocats de la défense.

"Il aurait été souhaitable que la justice envoie un signal beaucoup plus clair pour dissuader ceux qui pensent pouvoir étouffer la parole féministe à coups de procédures bâillons", s'émeuvent les six activistes. Un terme récusé par l'avocate de Christophe Girard.

Les militants évoquent une décision qui suscite "colère et indignation" et "des milliers d'euros" de frais d'avocat.

Ce procès a symbolisé la fracture entre des membres d'une même famille politique.

Pour Alice Coffin, élue écologiste de Paris, les deux jours d'audience en mars ont toutefois "permis de faire le procès du système Matzneff (...) mais aussi de l'ensemble des complicités qui dépassent très largement Christophe Girard".

L'affaire Girard avait éclaté quelques mois après la sortie du livre "Le Consentement" de Vanessa Springora, dans lequel elle racontait la relation sous emprise vécue, à l'âge de 14 ans, avec Gabriel Matzneff qui en avait 50.

L'élu avait alors été entendu par la police comme témoin, des articles de Mediapart et du New York Times soulignant ses liens avec Gabriel Matzneff.

A la barre en mars, l'ancien militant de la lutte contre le sida n'a pas nié connaître l'écrivain, rencontré à la fin des années 80 par l'intermédiaire de son patron d'alors, Pierre Bergé. Mais il a minimisé sa proximité avec l'auteur dont un des livres lui avait été dédicacé.

"Si je n'avais pas entendu mon nom dans cette salle aujourd'hui, il y a beaucoup de propos tenus avec lesquels je me sens solidaire", avait d'ailleurs déclaré Christophe Girard.

A la veille de la décision, Alice Coffin a publié un texte sur X reprenant les mots de la plaidoirie d'une avocate de la défense: "Ce procès s'inscrit dans un basculement entre un ancien monde, celui où la pédocriminalité était synonyme de liberté sexuelle, et un nouveau monde où l'on refuse de tolérer plus encore ces violences".

Par Antoine BOYER / Paris (AFP) / © 2024 AFP

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