Décès du philosophe Bernard Stiegler, expert des conséquences sociales du numérique

Bernard Stiegler, philosophe très critique du système capitaliste qui avait consacré ses recherches aux mutations provoquées dans la société par le numérique, est mort jeudi à l'âge de 68 ans, a annoncé le Collège international de philosophie.

FRANCOIS LO PRESTI - AFP

Bernard Stiegler, philosophe très critique du système capitaliste qui avait consacré ses recherches aux mutations provoquées dans la société par le numérique, est mort jeudi à l'âge de 68 ans, a annoncé le Collège international de philosophie.

Penseur engagé à gauche, qui prenait position contre les dérives libérales de la société, Bernard Stiegler a axé sa réflexion sur les enjeux des mutations — sociales, politiques, économiques, psychologiques — portées par le développement technologique.

Il avait notamment analysé les risques que faisaient peser ces changements sur l'emploi traditionnel, prédisant sa disparition.

Il a été directeur de l'Institut de recherche et d'innovation (IRI) créé au Centre Pompidou pour imaginer les mutations des pratiques culturelles entraînées par les technologies numériques, et a été le fondateur et président d'un groupe de réflexion philosophique, Ars industrialis.

Né à Villebon-sur-Yvette (Essonne) en 1952, il avait un parcours très atypique puisqu'il avait suivi à distance des études de philosophie en prison, où il était resté cinq ans après plusieurs braquages de banque à main armée.

Soutenu par Jacques Derrida, Bernard Stiegler avait soutenu sa thèse à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales en 1993.

Parmi ses nombreux essais, il avait publié en janvier "Qu'appelle-t-on panser ? La Leçon de Greta Thunberg", dans lequel il s’interrogeait sur l’inaptitude des Etats et des entreprises à répondre aux demandes écologiques, en estimant que les sciences devaient être autonomes par rapport au capitalisme.

Il était aussi l'auteur de "L'emploi est mort. Vive le travail!", "Etats de choc: bêtise et savoir au XXIe siècle" et coauteur, avec Denis Kambouchner et Philippe Meirieu, de "L'école, le numérique et la société qui vient".

Il devait participer fin août à Arles à un nouveau festival sur la relation de l'homme à la nature, "Agir pour le vivant".

Sa fille Barbara Stiegler est une philosophe reconnue, enseignant la philosophie politique à l'université de Bordeaux-Montaigne.

AFP / Paris (AFP) / © 2020 AFP