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Décès de Jean-Pierre Soisson, le caméléon politique bourguignon

Ministre de Giscard comme de Mitterrand, l'ancien député de l'Yonne et maire d'Auxerre Jean-Pierre Soisson, est décédé mardi à 89 ans, après une longue carrière politique qui l'a conduit à jouer les caméléons, quitte à composer avec l'extrême droite.

FRED DUFOUR - AFP/Archives

Ministre de Giscard comme de Mitterrand, l'ancien député de l'Yonne et maire d'Auxerre Jean-Pierre Soisson, est décédé mardi à 89 ans, après une longue carrière politique qui l'a conduit à jouer les caméléons, quitte à composer avec l'extrême droite.

"Jean-Pierre Soisson est mort paisiblement, entouré de sa famille aujourd’hui en fin d'après-midi" à Auxerre, a déclaré mardi soir à l'AFP l'un de ses deux fils, David Soisson. L'ancien responsable politique "luttait depuis de longues années contre un cancer", a-t-il ajouté.

En 1998, cet homme à l'implantation locale profonde qui fut l'homme fort de la Bourgogne avant de s'éloigner du terrain politique depuis 2012 avait fait partie des cinq centristes élus présidents de région grâce au Front national.

Le député-maire d'Auxerre, Jean-Pierre Soisson, le 28 juin 2000 à l'Assemblée nationale, à Paris

Le député-maire d'Auxerre, Jean-Pierre Soisson, le 28 juin 2000 à l'Assemblée nationale, à Paris

ERIC FEFERBERG - AFP/Archives

"Je ne le regrette pas. On avait accepté les voix du FN mais il n'y avait aucune négociation possible avec eux", expliquait-il à l'AFP en 2011, affirmant avoir vécu "difficilement" cet épisode qui ternit son retour à la tête de la Bourgogne.

Après 45 ans de mandats électifs, M. Soisson venait alors de tirer sa révérence en renonçant à se représenter à l'Assemblée nationale en 2012.

Interrogé à l'époque, son successeur à la présidence de la région, le socialiste François Patriat, voyait dans cette alliance passée avec le FN "une tache dont il aura du mal à se défaire".

"Si j'ai eu à le combattre, c'est sur les convictions et les idées", ajoutait M. Patriat, louant "l'humanisme", "l'altérité" et, non sans ironie, "le sens de l'adaptation" de celui qui voulait alors laisser la "place aux jeunes".

- 'Rôle d'assistante sociale' -

Homme de terrain au tutoiement facile, célèbre pour son entregent et son goût de la bonne chère, ce séducteur a su entretenir ses relations avec les élus locaux, quelle que soit leur étiquette politique.

Partisan d'une "démocratie apaisée", refusant d'être "l'homme de l'affrontement", le député de l'Yonne confiait avoir conçu son engagement politique local comme "un véritable rôle d'assistante sociale", alors qu'il y a "de moins en moins de curés et de médecins".

Le ministre des Sports, Jean-Pierre Soisson, et le président de la Fédération française de tennis Philippe Chatrier (d), le 6 juin 1980 à Paris

Le ministre des Sports, Jean-Pierre Soisson, et le président de la Fédération française de tennis Philippe Chatrier (d), le 6 juin 1980 à Paris

- - AFP/Archives

Longtemps homme fort de la Bourgogne, celui qui a été maire d'Auxerre de 1971 à 1998 et constamment réélu député depuis 1968, aimait à rappeler qu'il avait débuté sa carrière politique "avec Edgar Faure".

Né le 9 novembre 1934 à Auxerre, fils d'un industriel, Jean-Pierre Soisson, sous-lieutenant en Algérie (1957-59), il avait rejoint la Cour des comptes à sa sortie de l'ENA en 1962.

Il intègre ensuite des cabinets ministériels, avant de devenir un collaborateur de Valéry Giscard d'Estaing, comme secrétaire général adjoint de la fédération nationale des Républicains indépendants (RI) de 1969 à 1975.

Entré au gouvernement dès 1974 comme secrétaire d’État aux Universités, il est nommé ministre de la Jeunesse, des sports et des loisirs (1978-81) dans le gouvernement de Raymond Barre.

- 'Séduit par Mitterrand' -

Durant le premier septennat de François Mitterrand, M. Soisson se replie sur son fief bourguignon, tout en animant le Parti républicain (PR), dont il est un des fondateurs.

Le ministre du travail Jean-Pierre Soisson (g) et lee ministre délégué chargé du tourisme Jean-Michel Baylet à la sortie du Conseil des ministres, le 13 février 1991 à l'Elysée, à Paris

Le ministre du travail Jean-Pierre Soisson (g) et lee ministre délégué chargé du tourisme Jean-Michel Baylet à la sortie du Conseil des ministres, le 13 février 1991 à l'Elysée, à Paris

DANIEL JANIN - AFP/Archives

Puis en 1988, "séduit par François Mitterrand", il devient le symbole de l'"ouverture" en entrant dans le gouvernement de Michel Rocard comme ministre du Travail (1988-1991).

Reconduit à la Fonction publique par Edith Cresson (1991-1992), il sera le ministre de l'Agriculture de Pierre Bérégovoy (1992-1993).

Ce père de deux fils, déjà auteur de plusieurs ouvrages, dont "Charles le Téméraire" (1997) et "Paul Bert, l'idéal républicain" (2008), a consacré ses dernières années à l'écriture dont celle de ses mémoires, "Hors des sentiers battus - Chronique d'une vie politique", publiés en 2015.

"J'ai conduit mon sillon à peu près droit, et avec honnêteté", jugeait-il dans l'Yonne républicaine à la sortie du livre.

L'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin a fait part sur X de sa "profonde tristesse" pour celui qu'il considérait comme "le grand frère des jeunes giscardiens".

"Les Icaunais sont orphelins d'un père aimant et attentionné. Jean-Pierre Soisson, amoureux d'Auxerre, de l'Yonne et de la Bourgogne était un homme ancré dans la Ve République, au service de l'intérêt général", a estimé de son côté le député de l'Yonne Daniel Grenon.

AFP / Lyon (AFP) / © 2024 AFP

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