"De Gaulle voulait empêcher la France de devenir une annexe des États-Unis"​​​​​​​

Arnaud Teyssier, haut fonctionnaire et historien, auteur du livre De Gaulle, 1969. L'autre révolution (Perrin), était l’invité d’André Bercoff, jeudi 16 mai, sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

 

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Le référendum permettait à de Gaulle d'être relégitimé sur chaque sujet important

André Bercoff évoque la modernité de Charles de Gaulle, abordée dans le livre d'Arnaud Teyssier, haut fonctionnaire et historien, auteur du livre De Gaulle, 1969. L'autre révolution (Perrin). Le président de la Ve République a beaucoup utilisé le référendum : "Il l'a utilisé pour des questions importantes, comme l'Algérie ou l'élection du président de la République au suffrage universel. Et à chaque fois, comme c'était des questions importantes, il s'engageait personnellement parce qu'il considérait qu'il avait besoin d'être relégitimé". L'auteur explique que beaucoup ont dit que c'était plébiscitaire, qu'il voulait se faire confirmer, applaudir, mais Arnaud Teyssier considère que c'est un contre-sens : "Il voulait être relégitimé sur chaque nouveau projet qu'il lançait. La légitimité de son élection ne lui suffisait pas".

En 1969, suite au référendum, il quitte le pouvoir, mais n'était-ce pas son but premier, d'échouer afin de prendre du champ ? "Malraux a prêté le flanc à cette théorie. Avec d'autres, ils ont fait comprendre qu'il s'agissait d'un suicide politique. Mais c'est une réalité transfigurée par l'imagination de Malraux en publiant un très beau texte. On a aussi dit que de Gaulle vieux, était fatigué, se sentant complètement décalé par rapport à la société, malgré une victoire écrasante dans les législatives qui ont suivi 1968, il considérait qu'il fallait qu'il s'en aille. Il y a une belle mélancolie qui accompagne cela. Et ça permet d'enterrer de Gaulle deux fois, alors qu'en réalité de Gaulle était bien vivant et il a conçu cette ultime tentative qu'il a voulu faire après 1968, de manière très solitaire". Pour l'auteur, on est loin d'un suicide politique donc. Mais comme il a agi rapidement, il a commis des erreurs : "Il avait une ambition politique très claire et très visionnaire".

"De Gaulle n’aimait pas le monde de l’argent"

Arnaud Teyssier revient sur ce côté visionnaire : "Bien avant 1968, de Gaulle considère que les sociétés occidentales vont vers une crise majeur, à l'horizon d'une, deux voire trois décennies, une crise du capitalisme. Il pense que la confrontation avec le communisme n'aura qu'un temps (...). Il pense que le capitalisme a une infirmité morale, qu'il faut la corriger si on ne veut pas que l'individu subisse une nouvelle forme d'asservissement. Donc, il imagine dans les années 1965-1967, une nouvelle répartition du capital entre les salariés et les actionnaires. Il envisage une réforme profonde de l'entreprise". Mais ce n'est pas tout ! "La France, c'est des territoires qui sont fondus en un seul. C'est une unité fragile fabriquée par l'histoire et fabriquée par l'État. Il veut trouver un lieu de dialogue entre l'État et la société". Cette évolution de la société qu'il imagine va entraîner la création des régions.

Pourquoi de Gaulle avait-il ainsi une telle méfiance des élites ? "Il se méfiait beaucoup d'une certaine bourgeoisie qu'il savait qu'elle ne l'aimait pas, une bourgeoisie de province, enfin pas toute la province, ces élites départementales qui considèrent le pouvoir comme un jeu de poids-contre-poids qui s'équilibre. Pour lui, le pouvoir est quelque chose qui s'exerce, un pays c'est quelque chose qui s'entraîne. De Gaulle n’aimait pas le monde de l’argent. Par contre, il était élitiste pour la culture. Pour lui, les élites administratives étaient très importantes". Il conclut ainsi : "De Gaulle voulait empêcher la France de devenir une annexe des États-Unis".

 

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