Dans le ciel de Roissy, finie la pandémie, rebonjour le bruit

Le retour au "monde d'avant" passe par les vrombissements des moteurs d'avions pour les riverains de l'aéroport de Roissy, vent debout contre un futur plan de réduction des nuisances sonores qu'ils jugent "insuffisamment protecteur" de leur santé.

GEOFFROY VAN DER HASSELT - AFP/Archives

Le retour au "monde d'avant" passe par les vrombissements des moteurs d'avions pour les riverains de l'aéroport de Roissy, vent debout contre un futur plan de réduction des nuisances sonores qu'ils jugent "insuffisamment protecteur" de leur santé.

"En Seine-et-Marne on sait ce que c'est de vivre avec des avions !", lance Joël Marion, le maire (PCF) de Compans, "village rurbain" comme il le présente. Par la fenêtre, il peut voir les carlingues fendre le ciel à intervalles réguliers, espacés de quelques minutes.

Ce bourg de quelque 800 âmes draine 6.500 salariés, plus de 150 entreprises sur une zone industrielle avec la ville voisine de Mitry-Mory et des retombées économiques liées à la proximité immédiate avec Paris-CDG.

Revers de la médaille: ses administrés perdent le sommeil, assure-t-il.

Selon une étude diffusée en 2019 par Bruitparif, l'observatoire du bruit en Ile-de-France, une personne perd jusqu'à trois ans de vie "en bonne santé" en cas d'exposition élevée au bruit aérien autour de la zone aéroportuaire.

A Compans, commune coincée entre l'aéroport, une voie ferrée et une nationale, c'est plus: 38,1 mois perdus dus à ces nuisances cumulées.

C'est ce que doit en partie corriger le plan de prévention du bruit de l'environnement (PPBE), une obligation pour les aéroports très fréquentés, en vertu du droit européen.

Après une phase de concertation, la mouture 2022-2026 devra être validée par un arrêté inter-préfectoral.

Le "renouvellement des flottes avec des avions plus récents et surtout moins bruyants", le renforcement des aides à l'insonorisation de l'habitat ou encore de "nouvelles procédures aériennes ou trajectoires permettant de réduire les nuisances sonores" font partie des mesures envisagées dans ce plan piloté par la direction générale de l'aviation civile (DGAC).

Une vue aérienne de l'aéroport Charles de Gaulle à Paris le 5 avril 2019

Une vue aérienne de l'aéroport Charles de Gaulle à Paris le 5 avril 2019

Lionel BONAVENTURE - AFP

- Couvre-feu ? -

Incitatives ou jouant sur des caractéristiques techniques, elles ne sont pas à la hauteur des attentes de nombreux élus ou associations, qui fustigent "l'inertie terrible" sur un sujet touchant à la fois la santé publique et l'environnement.

Le projet "ne présente pas d'objectif de réduction du bruit" et "de justification des mesures présentées", a épinglé l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (Acnusa) dans un avis consultatif rendu en mars.

"On retourne au monde d'avant qui prime avant tout, il n'y a pas de réflexion et le projet de PPBE en est l'illustration concrète", déplore le maire socialiste de Gonesse Jean-Pierre Blazy, considérant que celui-ci doit prendre en compte "les territoires qui souffrent".

Aux yeux des opposants, une mesure centrale manque à l'appel: l'instauration d'un couvre-feu la nuit ou du moins une réduction drastique des vols de nuit, à l'instar d'autres aéroports comme Francfort ou Londres Heathrow.

Le fret, qui alimente l'activité nocturne, est particulièrement visé.

Un Boeing 777 au décollage de l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle le 18 août 2014

Un Boeing 777 au décollage de l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle le 18 août 2014

KENZO TRIBOUILLARD - AFP

Le plafonnement du trafic aérien à 500.000 vols annuels fait aussi partie de leurs revendications, alors qu'il est reparti en flèche depuis que la fin de la crise sanitaire, malgré l'inflation.

En avril 2022, Paris-Charles-de-Gaulle a accueilli 4,6 millions de passagers, soit 70,8 % du trafic d'avril 2019 (avant Covid), chiffre le Groupe ADP, gestionnaire des plateformes parisiennes.

- "Lucide" -

"Le plafonnement et le couvre-feu demandés par les riverains sont des restrictions d'exploitation" et elles doivent être "le dernier recours", explique la DGAC à l'AFP.

Avant de les envisager, "il faut mener une étude d'impact" après l'adoption du plan, afin de démontrer qu'elles sont "indispensables" et en étudier les "coûts/avantages", selon ces services de l'État.

Les opposants estiment au contraire que le constat est connu et que le précédent PPBE était déjà "un échec". "Au nom du marché et du business, les activités de Roissy CDG impactent la qualité de vie, le vivant et la santé de 1,4 million de riverains franciliens", fustige le MNLE 93 (Mouvement national de lutte pour l'environnement).

Les territoires qui bénéficient de l'aéroport mais en subissent aussi les effets négatifs avancent toutefois sur une ligne de crête. "Il faut trouver le bon équilibre", reconnaît Joël Marion, se voulant "lucide".

D'autant que Roissy est en concurrence avec d'autres aéroports internationaux, rappelle-t-il. "Les enjeux commerciaux sont très importants et, si on ferme de nuit l'aéroport de Roissy, je pense que nous allons y perdre beaucoup."

Par Fanny LATTACH / Compans (France) (AFP) / © 2022 AFP