Crise des urgences : "la situation de non-retour a été franchie"

Situation inédite à l’hôpital Lariboisière à Paris : l'équipe de nuit des urgences, composée de onze infirmiers et trois aide-soignants, s'est mise en arrêt maladie et ne s'est pas présentée dans la nuit de lundi 3 juin à mardi 4 juin. Une soixantaine de services d'urgences en France sont en grève depuis plusieurs semaines pour crier leur mal-être. Les personnels soignants demandent l'arrêt des fermetures de lits, une hausse des rémunérations de 300 euros nets et une augmentation des effectifs. Une journée nationale d'action est prévue jeudi 6 juin à l'appel du collectif Inter-Urgences et de plusieurs syndicats. À Lariboisière, comme ailleurs, aide-soignants et infirmiers sont à bout. Clément Bargain de Sud Radio est allé à leur rencontre.

 

 

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"La situation de non-retour a été franchie"

Marine, aide-soignante aux urgences de l’hôpital Lariboisière, est épuisée par ses conditions de travail. Elle est en arrêt maladie : "j'ai deux hernies discales, confie-t-elle à Clément Bargain de Sud Radio. Je me suis retrouvée de l'autre côté de la barrière, perfusée sur un brancard et j'y suis restée 48 heures". Des problèmes de dos liés au matériel défectueux : "nous avons une partie des brancards qui ne roulent pas droit, qui ne freinent pas, qui ne montent pas".

Quatorze personnels soignants se sont mis en arrêt maladie aux urgences de l’hôpital Lariboisière, signe d'un profond mal-être. Pour Candice, aide-soignante et membre du collectif Inter-urgences, "on a tous les jours des collègues qui se mettent en arrêt maladie pour burn-out. La situation de non-retour a été franchie. C'est compliqué de ne plus pouvoir discuter avec son patient, de ne pas pouvoir lui donner autant d'attention qu'on souhaiterait parce qu'il y en a 15 autres qui nous attendent derrière et qu'on n'est pas assez nombreux sur le terrain. Parfois on ne mange pas, on ne va pas aux toilettes parce qu'on n'a pas le temps. C'est très chaud sur le terrain".

Mais Candice se veut rassurante : les patients ne sont pas en danger.

Aux urgences, 80 services sont en grève illimitée

Ce que redoute le personnel soignant, c'est ce qu'il s'est passé à Lariboisière en décembre : une patiente est décédée aux urgences après 12 heures d'attente. Marine reste très marquée : "depuis cet été, à Lariboisière, on est en train de crier 'Stop ! À quand un décès dans la salle d'attente ?' Ça nous est arrivé... Vous croyez qu'on en est fiers ?"

Aux urgences, la situation ne s'améliore pas, 80 services sont en grève illimitée.