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Crise agricole: la FNSEA s'impatiente, les ONG quittent une réunion sur les pesticides

A moins de quinze jours du Salon de l'agriculture, le syndicat majoritaire FNSEA veut voir le gouvernement "accélérer le tempo" avec des annonces "concrètes" et les associations environnementales claquent la porte d'une réunion sur l'évaluation des pesticides.

STEPHANE DE SAKUTIN - AFP/Archives

A moins de quinze jours du Salon de l'agriculture, le syndicat majoritaire FNSEA veut voir le gouvernement "accélérer le tempo" avec des annonces "concrètes" et les associations environnementales claquent la porte d'une réunion sur l'évaluation des pesticides.

Parmi les sujets urticants, tant pour les agriculteurs que les défenseurs de l'environnement, figure le suivi des usages de pesticides.

Huit ONG environnementales ont annoncé avoir quitté une réunion du Comité d'orientation stratégique et de suivi (Cos) du plan Ecophyto, qui se tient dans l'après-midi au ministère de l'Agriculture, avec le gouvernement, des élus et des représentants des agriculteurs et de l'industrie.

Ce plan, qui vise une réduction de moitié de l'utilisation des pesticides d'ici 2030 (par rapport à 2015-2017), a été suspendu par le Premier ministre Gabriel Attal "le temps de mettre en place un nouvel indicateur" qui remplacerait le Nodu, principal outil de mesure français.

Une décision qui a satisfait les syndicats agricoles majoritaires et consterné les associations environnementales, qui ont dénoncé un recul majeur du gouvernement.

L'invitation à ce Cos "ne contenait ni ordre du jour ni documents de travail transmis en préparation de cette réunion", ont reproché les ONG dont Générations Futures, le WWF France, la Fondation pour la Nature et l'Homme et la LPO.

"Les conditions de travail n'étaient pas réunies pour entamer le dialogue" sur l'avenir du plan Ecophyto, a déclaré à l'AFP Sandrine Bélier, directrice d'Humanité et Biodiversité.

"Il n'est pas acceptable, alors qu'aucune décision n'a été prise, de quitter une réunion d'échange et de concertation", a réagi le ministère de l'Agriculture, soulignant que les ONG avaient été reçues avant la réunion et souhaitaient lire une déclaration sans y participer.

- "Pas sur un coin de table" -

Le gouvernement assure par ailleurs avancer sur les grands dossiers agricoles, alors que la FNSEA s'impatiente.

Des annonces, mais quelles "actions concrètes"? Le président de la puissante Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) Arnaud Rousseau hausse le ton depuis dimanche dans la presse: "Personne n'a intérêt à nous balader", a-t-il dit, prévenant que sans "avancée concrète", les agriculteurs n'hésiteraient pas à redescendre dans la rue.

Des agriculteurs bloquent avec leurs tracteurs l'autoroute A6 près de Longjumeau, au sud de Paris, le 30 janvier 2024

Des agriculteurs bloquent avec leurs tracteurs l'autoroute A6 près de Longjumeau, au sud de Paris, le 30 janvier 2024

JULIEN DE ROSA - AFP/Archives

"On n'est pas dans le bon tempo (...), il faut accélérer le tempo", a-t-il relevé sur BFM-TV, mais aussi sur franceinfo, exhortant le gouvernement à des actes avant la tenue du Salon de l'agriculture à Paris (24 février-3 mars) et prévenant que la qualité de l'accueil du président de la République en dépendrait.

Comme avant chaque Salon de l'agriculture et pour la première fois depuis le début de la crise agricole, Emmanuel Macron recevra la Coordination rurale et la Confédération paysanne mercredi, avant la FNSEA et les Jeunes agriculteurs "la semaine prochaine", a fait savoir l'Elysée lundi soir.

Après deux semaines de blocages de routes et d'actions parfois tumultueuses, les manifestants ont levé le camp début février à la suite de trois salves d'annonces de Gabriel Attal sur des sujets aussi divers que les pesticides, les retraites des exploitants, la simplification des normes et des aides à l'élevage ou à l'agriculture bio.

Mais depuis, il n'y a "pas eu de rencontre ministérielle" ni avec le ministre de l'Agriculture ni avec le Premier ministre, et "pas de point de suivi", a déploré M. Rousseau.

Lundi matin, Matignon a annoncé que Gabriel Attal recevrait mardi à 16H30 les syndicats majoritaires FNSEA et les Jeunes Agriculteurs, en présence du ministre de l'Agriculture Marc Fesneau et de sa ministre déléguée Agnès Pannier-Runacher.

Agnès Pannier-Runacher, nouvelle ministre déléguée à l'Agriculture le ministre de l'Agriculture Marc Fesneau Marc Fesneau, le 9 février 2024 à Paris

Agnès Pannier-Runacher, nouvelle ministre déléguée à l'Agriculture le ministre de l'Agriculture Marc Fesneau Marc Fesneau, le 9 février 2024 à Paris

JULIEN DE ROSA - AFP/Archives

Les deux ministres chargés de l'Agriculture "verront dans la semaine chacune des organisations syndicales", notamment pour évoquer le projet de loi sur le renouvellement des générations, a-t-on précisé au cabinet de Marc Fesneau.

Ce texte, reporté pour être enrichi selon le gouvernement, devrait être présenté en Conseil des ministres "à la fin du mois de février" pour un vote "d'ici le mois de juin", a-t-on précisé de même source.

"Je mets au défi quiconque de me trouver un moment politique où on aura fait autant de choses en aussi peu de temps", a réagi Marc Fesneau, interrogé lundi au salon Wine Paris et Vinexpo.

"Sur la simplification, on est parfois sur des normes qui datent de 20 ou 25 ou 30 ans", a-t-il rappelé, expliquant que les changements seraient parfois législatifs, parfois réglementaires: Un décret, a-t-il dit, "ça ne se fait pas sur un coin de table".

Rue de Varenne, on précise que le gouvernement travaille "tous les dossiers". Les annonces de Gabriel Attal — avec des mesures d'urgence chiffrées à 400 millions d'euros par Bercy — ont commencé à être déclinées concrètement, affirme-t-on au ministère, évoquant par exemple l'ouverture depuis le 5 février des dispositifs d'indemnisation pour les éleveurs.

Par Sofia BOUDERBALA / Paris (AFP) / © 2024 AFP

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