"C’est très important de dire qu’on ne touche pas à un enfant en dessous de 15 ans"

Inceste, pédocriminalité… Comment mieux protéger les mineurs des crimes sexuels ? Isabelle Debré, présidente de l'association L'Enfant Bleu enfance maltraitée, dont elle est membre depuis 1992, était l’invitée de Patrick Roger le 16 février dans l’émission "C’est à la une" sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 8h10.

Les victimes ont besoin de parler

Dimanche, le garde des Sceaux a annoncé vouloir fixer un seuil de non consentement à 18 ans pour les actes d’inceste. "En fait, ce sera 15 ans pour tout ce qui est crime contre l’enfance, et 18 ans pour l’inceste, précise Isabelle Debré, présidente de l'association L'Enfant Bleu enfance maltraitée, dont elle est membre depuis 1992. Nous demandons depuis vingt ans la création d’une notion juridique de crime contre l’enfance, et que l’État mette à l’intérieur de cette notion les peines adéquates. La prescription glissante est également importante. Quand je suis arrivée à l’association, la prescription était de dix ans à partir des faits. Elle est désormais à 30 ans après la majorité. Il faudra toujours faire une enquête, mais ce n’est pas simple, 25 ans après. À travers cette enquête, très souvent, on trouve d’autres victimes car un prédateur ne se contente pas d’une victime."

Pourquoi cette différence entre les seuils de non consentement ? "En ce qui concerne l’inceste, il y a une possibilité de répétition durant des années puisque l’agresseur est très proche de sa victime, souligne la présidente de l'association L'Enfant Bleu enfance maltraitée. L’emprise est encore plus importante quand il s’agit de quelqu’un de la famille très proche, puisque ce peut être un parent direct. La parole se libère via les réseaux sociaux, la presse et la pression des associations. C ‘est un peu regrettable que ce soit un déferlement, surtout sur les réseaux sociaux. Mais, d’un autre côté, les victimes n’étaient pas entendues. Elles ont besoin de parler."

 

 

"Nous avons infiltré le jeu Fortnite"

"Nous, nous prenons l’enfant dès que nous avons l’alerte, et l’accompagnons tant juridiquement que sur le plan thérapeutique, explique Isabelle Debré. Je voudrais insister sur la prévention. Nous en faisons beaucoup dans les écoles. Il faut prévenir, tout de suite alerter quand vous êtes au courant d’un possible abus sexuel sur un enfant, et dire aux enfants qu’ils doivent savoir dire non. Je pense très important de dire qu’on ne touche pas à un enfant en dessous de 15 ans. Si un enfant n’est pas capable de dire non, l’adulte doit en être capable."

Le digital permet aussi de simplifier la prise de parole. "Nous allons au devant de l’enfant, confirme Isabelle Debré. Pendant le confinement, nous avons infiltré le jeu Fortnite, et créé avec l’agence Havas un personnage Enfant bleu au travers duquel les jeunes pouvaient venir dialoguer. C’était une première mondiale. Nous travaillons sous l’égide de plusieurs ministères pour développer cette nouvelle façon d’aller vers les enfants. Il faut aussi former les personnes au contact à recueillir la parole des enfants."

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Retrouvez "le coup de fil du matin" du lundi au vendredi à 7h12 sur Sud Radio, dans la matinale de Cécile de Ménibus et Patrick Roger.
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