Bernard Kron : la crise des urgences est "un problème organisationnel, pas un manque de moyen"

Le chirugien Bernard Kron, pour parler du service public de la santé qui s'effondre était l’invité d’André Bercoff, jeudi 7 novembre sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

Bernard Kron invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

La crise des urgences bat son plein en France et les grèves se multiplient dans les hôpitaux. Le chirurgien Bernard Kron fait le point au micro d'André Bercoff sur un secteur où "tout est en train de craquer".

 

"L'État veut freiner les dépenses"

Le système de santé français est passé en vingt ans "du numéro 1 au 24e pays de l'OCDE". Bernard Kron pense avoir pointé l'original du mal : "la politique". D'après lui, "les énarques et l'administration détestent les médecins". "L'État veut freiner les dépenses en muselant les médecins", note le chirurgien qui souligne que "les dépenses de santé ne peuvent que croître avec le vieillissement de la population, les maladies chroniques, le cancer et la pollution".

Une rivalité qui s'est accentuée avec les formations des médecins. "Ce que peut raconter Agnès Buzyn est faux", tempête Bernard Kron. "À la sortie des études de médecine, on a même eu des postes d'internes non pourvus en pédiatrie en Île-de-France", relève-t-il. "On manque d'interne".

Une politique "de non-sens"

C'est "en tant que vice-président de l'internat de Paris", que Bernard Kron veut soulever quelques points qui faisaient "l'excellence de la médecine". "On pouvait faire la formation à deux vitesses : une vitesse universitaire lente et une vitesse par concours rapide où les meilleurs avaient accès aux meilleurs services", regrette-t-il. Des processus de formation aujourd'hui supprimés. "Aujourd'hui, on copie le LMD parce que la France veut copier les autres pays, non pas parce que c'est mieux, mais parce qu'il faut s'aligner en Europe à un certain nombre de décisions", déplore le médecin. Pour Bernard Kron, la politique menée actuellement est une "politique de non-sens".

Et les urgences sont débordées. "Il y a 25 millions de passages aux urgences par an", relève le chirurgien qui y voit un drame. "Sur 1.500 urgences de chirurgie, 40% étaient mal prises en charge", rapporte-t-il dénonçant le mélange des cas graves à la "bobologie". "Aujourd'hui, il n'y a que les urgentistes qui reçoivent", note Bernard Kron qui détaille le dysfonctionnement. "L'urgentiste va demander un scanner, on attend six heures pour le faire, quand il revient, l'urgentiste occupé à faire un point de suture ne le voit pas, il appelle le chirurgien, on le met dans le service, l'équipe de nuit arrive sans être prévenue du cas grave. Le malade peut rester 24 ou 36 heures en retard de diagnostic et être opéré le lendemain de son arrivée", déplore le chirurgien. Mais pour lui, et contrairement au diagnostic de l'urgentiste Patrick Pelloux, "c'est un problème organisationnel et non pas un manque de moyen".

 

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