éditorial

L'édito de Natacha Polony

Natacha Polony ©Anthony Ghnassia
Société

Avec le 14 juillet et la finale du Mondial, la France va vivre un week-end bleu, blanc, rouge

Entre les commémorations du 14 juillet et la finale du Mondial entre la France et la Croatie, le pays s'apprête à vivre un week-end bleu, blanc, rouge

Nous sommes à la veille du 14 juillet, à deux jours d'une finale de coupe du monde qui rassemble des millions de Français. On peut jouer les mauvais coucheurs, on peut déplorer que les êtres humains éprouvent le besoin de se rassembler autour d'un drapeau. C'est un contresens. La ferveur patriotique n'a rien à voir avec la haine des autres mais elle peut ouvrir à l'universel quand elle offre à des individus la possibilité de se souvenir qu'ils ont une histoire en commun et un destin à construire ensemble. Bien sûr, ce que nous évoque le 14 juillet dépasse de beaucoup le spectacle du football. C'est à la fois la révolution, le peuple tout à coup souverain, uni face aux monarchies qui veulent lui faire rendre gorge, la fête de la fédération de 1790, c'est-à-dire le rassemblement de la France dans sa diversité historique régionale. Et puis, ce sont tous ces moments où des Français sont morts pour que nous soyons libres. Mais cela ne nous empêche pas de savourer le bonheur d'une finale.

Beaucoup espéraient une finale contre l'Angleterre. Ça aurait eu du panache. Mais c'était presque une joie mauvaise qui les animait. Il y avait presque un côté jugement de Dieu : ces Anglais ont eu le culot de voter le brexit, la fatalité doit les condamner. Alors, ce sera plutôt la Croatie, dont les Français connaissent bien un peu l'histoire. Le contentieux n'est que footbalistique. Il est à notre avantage. Nous verrons qui des Français ou des Croates a le plus envie. Qui veut encore conquérir. Car c’est aussi ce qui nous manque depuis quelques années. En foot, mais c’est anecdotique, mais surtout dans tous les autres domaines.

Cependant, lundi, la vie reprendra son cours quelque soit le résultat. Un rassemblement populaire et joyeux n'a jamais effacé les tensions, les injustices et les frustrations. Mais l'intensité de la joie qui s'est manifestée après la demi-finale nous raconte aussi à quel point ce peuple cherche désespérément les moments de communion nationale. Ce peuple qui s'est rassemblé dans le malheur le 11 janvier 2015, qui a voulu crier sa fierté d'être français, de croire en la liberté, est depuis trop longtemps privé de ce patriotisme positif qui permet de dépasser l'isolement des individus, simples rouages de la machine économique, et de construire une société, si possible à peu près juste, garantissant la liberté de chacun, lui permettant de trouver la voie vers son bonheur, bref, une société vivable.

>> L'intégralité de la chronique est disponible en podcast

 

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