Automobilistes blessés par balles en août 2021: deux policiers mis en examen pour violences volontaires

Une intervention policière soldée par des tirs, un conducteur et sa passagère qui frôlent la mort: plus d'un an après la nuit du 15 au 16 août 2021 à Stains (Seine-Saint-Denis), deux policiers ont été mis en examen pour violences volontaires avec arme, a appris l'AFP vendredi auprès du parquet de Bobigny.

PHILIPPE HUGUEN - AFP/Archives

Une intervention policière soldée par des tirs, un conducteur et sa passagère qui frôlent la mort: plus d'un an après la nuit du 15 au 16 août 2021 à Stains (Seine-Saint-Denis), deux policiers ont été mis en examen pour violences volontaires avec arme, a appris l'AFP vendredi auprès du parquet de Bobigny.

Les deux fonctionnaires, âgés de 28 et 31 ans et affectés à la brigade anticriminalité (BAC) de Stains, ont été mis en examen le 8 septembre pour l'un, le 3 octobre pour l'autre, pour "violences volontaires ayant entraîné une ITT (incapacité totale de travail) supérieure à huit jours par personne dépositaire de l'autorité publique et avec usage de leur arme de service", a indiqué le parquet, confirmant une information du Bondy Blog.

Ils ont également été placés sous contrôle judiciaire, ce qui les prive de la possibilité d'exercer leur activité professionnelle sur la voie publique et leur interdit de porter ou détenir une arme.

"Ils ont riposté dans le cadre légal à des violences" de la part de l'automobiliste qui, "à trois reprises, a tenté d'écraser les policiers" en manœuvrant son véhicule, a réagi auprès de l'AFP Laurent-Franck Liénard, l'avocat des agents, précisant qu'il allait contester les mesures du contrôle judiciaire.

A l'annonce des mises en examen, "on a ressenti quelque chose de tellement fort que même un seul mot ne suffirait pas à l'exprimer", a de son côté confié à l'AFP la passagère, prénommée Meryl.

"C'est déjà pour nous une reconnaissance de notre statut de victime et une vraie lueur d'espoir" après être revenus "de tellement loin", a-t-elle affirmé.

Dans ce dossier se mêle deux procédures parallèles, qui évoluent à des rythmes différents. Le conducteur de 37 ans, également poursuivi pour "refus d'obtempérer" et "violence avec arme", en l'occurrence sa voiture, a été condamné en février à deux ans de prison par le tribunal de Bobigny.

Il a fait appel de cette décision et sera de nouveau jugé devant la cour d'appel de Paris mardi.

- Scène de film -

Les mises en examen des policiers marquent, elles, une nouvelle étape dans la procédure judiciaire menée par un juge d'instruction, plus d'un an après cette nuit houleuse sur un boulevard, dans cette ville populaire au nord de Paris.

Vers 01H30, un équipage de la BAC intervient pour contrôler un véhicule. A bord, deux personnes: le conducteur ainsi que sa passagère, allongée sur la banquette arrière.

Les policiers cherchent à contrôler la voiture mais celle-ci, d'abord immobilisée près des forces de l'ordre, effectue une marche arrière puis se remet en marche avant, avait expliqué une source proche de l'enquête à l'époque des faits.

Les victimes assurent au contraire avoir été surprises, ne se doutant pas qu'il s'agissait de policiers, car sans brassard ni véhicule identifiable.

Une vidéo amateur, massivement partagée sur les réseaux sociaux tant elle semble tirée d'un film, montre partiellement l'intervention, quand deux policiers font feu à plusieurs reprises en direction de la voiture.

Le conducteur reçoit plusieurs balles au thorax, au bras et au pubis. Il s'en sortira malgré tout, après une longue hospitalisation. Sa compagne, passagère, est gravement blessée au dos, ce qui lui vaudra 100 jours d'ITT.

Les deux policiers avaient été placés en garde à vue dans la foulée, avant d'être libérés.

"Pourquoi ils ont tiré ? On attend que la justice fasse son travail parce que là, c'est abusé (...) Heureusement qu'il y a des vidéos", s'était indignée Fatiah, membre de la famille, lors d'une manifestation de soutien quelques jours après les faits.

Cette affaire fait écho à la multiplication récente de tirs policiers à l'issue tragique lors de refus d'obtempérer, à Sevran, Paris, Rennes ou Nice.

La passagère d'un véhicule en fuite a ainsi été tuée dans la nuit de mardi à mercredi à Grenoble. Le contexte diffère toutefois, car le conducteur a échangé des coups de feu avec les policiers avant d'être interpellé.

Par Fanny LATTACH / Bobigny (AFP) / © 2022 AFP