Au procès Sarkozy, son avocat se défend d'avoir été un "corrupteur"

"Jamais je n'ai été un corrupteur": au procès des "écoutes", Me Thierry Herzog, avocat de l'ancien président Nicolas Sarkozy, s'est défendu jeudi de toute infraction et n'a répondu qu'à demi-mot sur les conversations au cœur du dossier en invoquant le "secret".

Bertrand GUAY - AFP/Archives

"Jamais je n'ai été un corrupteur": au procès des "écoutes", Me Thierry Herzog, avocat de l'ancien président Nicolas Sarkozy, s'est défendu jeudi de toute infraction et n'a répondu qu'à demi-mot sur les conversations au cœur du dossier en invoquant le "secret".

Habitué des bancs de la défense, l'avocat historique de l'ancien président, 65 ans dont 41 ans de "métier", a sans sa robe noire rejoint la barre du tribunal correctionnel de Paris, devant lequel il comparaît pour corruption, trafic d'influence et violation du secret professionnel.

"Je veux être jugé non pas pour qui je suis mais pour ce que j'ai fait, c'est-à-dire rien. Je n'ai commis aucune infraction", lance Thierry Herzog avant toute question. "Cela serait bien mal me connaître et mal connaître celui que je défends de penser qu'un pacte, une contrepartie, un remerciement aurait pu être un instant envisagé".

Cet éminent pénaliste est soupçonné d'avoir obtenu en 2014, auprès du haut magistrat Gilbert Azibert, des informations couvertes par le secret sur un pourvoi à la Cour de cassation dans l'affaire Bettencourt concernant les agendas présidentiels de Nicolas Sarkozy.

En contrepartie, Me Herzog a demandé, selon l'accusation, à l'ex-chef de l'Etat de soutenir la candidature de Gilbert Azibert, avocat général au sein de la haute juridiction, pour un poste prestigieux à Monaco, qu'il n'a finalement jamais eu.

Face au tribunal, le prévenu a la voix posée, ponctue ses réponses de "madame la présidente" et cite avec précision les dates et les pièces d'un dossier "vide de preuves" mais "volumineux en papier".

Les trois prévenus du procès : Thierry Herzog, Nicolas Sarkozy et Gilbert Azibert

Les trois prévenus du procès : Thierry Herzog, Nicolas Sarkozy et Gilbert Azibert

Geoffroy VAN DER HASSELT, Thomas COEX, Philippe LOPEZ - AFP/Archives

Il reconnaît avoir reçu et transmis deux documents à Nicolas Sarkozy, mais assure n'avoir jamais eu connaissance de l'avis du rapporteur, couvert par le secret du délibéré. Et jamais Gilbert Azibert ne lui a fourni d'information secrète.

"Pour moi, Gilbert Azibert est d'abord un ami avant d'être un magistrat. Un ami qui est un spécialiste (du droit, NDLR), qui est à côté de mon cabinet, avec qui j'aime bavarder de tout, de la vie - pas de +l'avis+", ironise-t-il.

- "Service" -

Dans des conversations avec Nicolas Sarkozy, interceptées sur une ligne officieuse ouverte au nom de Paul Bismuth, l'avocat semble pourtant dire que Gilbert Azibert a eu accès à cet avis. Il rappelle à l'ancien chef de l'Etat de "dire un mot pour Gilbert" à l'occasion de son voyage à Monaco. Ou affirme encore: "Il a bien bossé hein".

Des échanges que Me Herzog refuse d'abord d'évoquer à la barre: jugeant la mise sur écoute de cette ligne illégale, car dédiée aux échanges entre un avocat et son client, il prévient d'emblée qu'il ne répondra pas aux questions sur ce sujet, au nom du secret professionnel.

Dans ces écoutes, rappelle toutefois la présidente Christine Mée, il semble vouloir faire plaisir à Gilbert Azibert, demander "un service" à Nicolas Sarkozy.

"Ce qui est sûr, même si je ne vais pas m'expliquer, c'est que le président n'en était pas informé et le service, il me le rendait à moi", dit-il. "Ce n'est en rien une contrepartie, un remerciement, c'est un service que je rends. J'aime beaucoup Gilbert Azibert. Alors qu'il ne me le demande pas, j'en parle à Nicolas Sarkozy car s'il va à Monaco, je pense qu'il le fera", poursuit-il. "Mais ça ne s'est pas prêté".

Pourquoi avoir alors affirmé dans un appel à Gilbert Azibert que "la démarche" a été faite ? "Sur le moment, j'ai menti. (...) Je pensais pouvoir lui expliquer quand je le verrai", élude Thierry Herzog.

Assis à quelques mètres, l'ex-locataire de l'Elysée hoche de la tête aux déclarations de son ami de plus de 30 ans, un "frère" pour Thierry Herzog. Dans la salle, de nombreuses robes noires sont venues soutenir leur confrère.

Plus tôt, le grand pénaliste Henri Leclerc, 86 ans, cité comme témoin par la défense de Me Herzog, a souligné l'importance du secret professionnel: "Si vous voulez une défense, il faut qu'il y ait un secret". "C'est le cœur même de notre métier", a renchéri le bâtonnier de Paris, Olivier Cousi, également cité par la défense.

L'audience a été suspendue jusqu'à lundi, avant les questions du parquet national financier (PNF).

Par Anne LEC'HVIEN et Anne-Sophie LASSERRE / Paris (AFP) / © 2020 AFP