Au procès Millas, l'attente de justice pour des victimes "déjà condamnées"

"Nous sommes des morts-vivants": par les mots de leur avocate, les parents d'une adolescente grièvement blessée dans la collision entre un bus scolaire et un train à Millas (Pyrénées-Orientales) en 2017 ont décrit mardi à Marseille le basculement dans une vie irrémédiablement brisée.

RAYMOND ROIG - AFP/Archives

"Nous sommes des morts-vivants": par les mots de leur avocate, les parents d'une adolescente grièvement blessée dans la collision entre un bus scolaire et un train à Millas (Pyrénées-Orientales) en 2017 ont décrit mardi à Marseille le basculement dans une vie irrémédiablement brisée.

"Je suis ici pour déposer devant vous la douleur" de cette jeune fille, qui souffre de "séquelles indélébiles qui l'accompagneront tout au long de sa vie", a plaidé maître Hélène Castello-Picard.

Amputée de la jambe droite après l'accident, c'est une "victime déjà condamnée à vie", a insisté l'avocate, rappelant comment pour celle-ci, "le 14 décembre 2017 à 16H07", son existence a "brutalement basculé dans l'horreur".

L'adolescente, alors âgée de 13 ans, était aussi, de par sa position au premier rang du bus, "une témoin essentielle", a poursuivi l'avocate: "Sur le fait que les barrières étaient fermées, il est hors de question de remettre en cause son témoignage, tout simplement parce que d'autres témoins ont déclaré la même chose, (...) pour moi c'est clair, net, précis".

Seule prévenue à ce procès, la conductrice, Nadine Oliveira, 53 ans, a elle toujours maintenu que ces barrières étaient levées. Jugée pour homicides et blessures involontaires, elle est absente des audiences depuis le 22 septembre à la suite de son hospitalisation.

Six enfants sont morts dans l'accident, survenu à un passage à niveau. 17 autres ont été blessés, dont huit grièvement.

- "La conductrice est déjà morte"' -

"Je reste persuadée que ce dramatique accident (...) n'est autre que la résultante de la distraction, de l'inattention de Nadine Oliveira, qui a franchi le passage à niveau sans avoir pu remarquer que les barrières étaient baissées", a complété Me Castello-Picard.

"En raison des conséquences" de la collision, "je comprends que Nadine Oliveira cherche à échapper à sa responsabilité. Les familles des victimes ne peuvent pas l'entendre", a poursuivi l'avocate, la voix souvent gagnée par l'émotion.

Mes clients "n'ont pas de haine, pas de rancœur contre Nadine Oliveira, ils avaient même une certaine empathie en imaginant qu'elle pouvait ressentir une culpabilité terrible. Sauf qu'au fur et à mesure, ce sentiment s'est transformé en colère", avait déclaré plus tôt à la barre Me Philippe Ayral.

Pour son confrère, Me Raymond Escalé, il n'est pas possible de "dire que cela peut arriver à tout le monde": Nadine Oliveira "se doit d’être plus vigilante que vous et moi", a relevé l'avocat d'Enzo, majeur depuis quelques jours, fustigeant la "défense indigne" de la conductrice.

A la jeune fille amputée, qui aura bientôt 18 ans, peu importe le verdict: "la conductrice est déjà morte, emprisonnée en elle-même", a rapporté son avocate. "Elle a tué six enfants, d'autres sont handicapés, c'est lourd pour sa conscience", a-t-elle également déclaré à son conseil.

Ses parents, qui n'acceptent "toujours pas le handicap" de leur fille, auraient aimé au moins un petit mot écrit de la conductrice, "juste pour demander pardon".

Mais Nadine Oliveira "n'a pas voulu entendre la souffrance des familles", a fustigé Me Vanessa Brandone, pour les proches de trois enfants décédés: "Elle n'a pas eu un mot pour ces enfants qu'elle prétendait aimer".

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