Au procès des Barjols, le grand flou idéologique des prévenus

"Chiraquien", "gilet jaune" et pro-Poutine, David G. incarne à lui seul le grand flou idéologique qui réunit les 13 membres du groupuscule d'ultradroite des Barjols, jugés à Paris pour avoir projeté une attaque contre Emmanuel Macron ou des migrants en 2018.

Benoit PEYRUCQ - AFP/Archives

"Chiraquien", "gilet jaune" et pro-Poutine, David G. incarne à lui seul le grand flou idéologique qui réunit les 13 membres du groupuscule d'ultradroite des Barjols, jugés à Paris pour avoir projeté une attaque contre Emmanuel Macron ou des migrants en 2018.

Face au tribunal correctionnel mardi, cet ancien ouvrier de 53 ans assure ne pas considérer la politique comme un "hobby à 100%" mais il assume avoir rejoint les Barjols courant 2017 en raison de la "colère" que suscitait en lui le chef de l'Etat.

"C'était un groupe sans étiquette", assure cet homme aux tempes grisonnantes, la voix teintée d'un accent de l'est de la France. "C'était pour se rallier et manifester contre le mépris que Macron avait pour les ouvriers ou les 80 km/h".

David G. deviendra rapidement un des référents départementaux de ce groupe Facebook né en 2017, et participera à deux réunions qui attireront l'attention de la Direction générale du renseignement intérieur (DGSI).

Selon l'accusation, plusieurs membres des Barjols préparaient notamment une attaque contre le chef de l'Etat en novembre 2018 lors des commémorations de l'armistice dans l'Est.

Craignant un passage à l'acte imminent, le renseignement intérieur avait interpellé quatre membres du groupuscule le 6 novembre en Moselle, dont David G., avant de procéder à d'autres coups de filets dans le cadre d'une enquête antiterroriste.

- "C'est impossible" -

"Je n’y crois pas toujours qu’on puisse m'accuser d'avoir préparé le meurtre du président ou des attaques contre les migrants", dit cet ouvrier au chômage depuis un accident de travail en 2014, la voix parfois étouffée par les sanglots.

La violence et les extrêmes, "c'est impossible", clame le cinquantenaire qui a passé plus de huit mois en détention provisoire, à l'isolement, dans ce dossier.

"Je pensais qu’il fallait défendre les droits des retraités, tout ce qui allait nous arriver, mais toujours sans violence", poursuit-il, détaillant à grands traits un positionnement politique très fluctuant.

"Je suis chiraquien et j’en suis fier", dit ce père de deux enfants installé en Moselle. "J’ai baigné dans le gaullisme et j’ai suivi cette voie", assure David G. à la barre. "J'ai toujours voté Chirac et mon petit regret c'est de ne pas avoir pris la carte du RPR".

Il avait ensuite adhéré à l'UMP mais l'avait quitté après l'affaire Bygmalion, se sentant "abandonné" par un parti qui, selon lui, ne "défendait plus les valeurs de la France".

Le président du tribunal l'interroge alors sur certaines de ses déclarations devant les enquêteurs où il disait admirer Vladimir Poutine. "Ce n'est pas une infraction", le rassure-t-il.

"Si on avait quelqu’un de son calibre, je pense ça irait mieux mais je suis pas devin", glisse le prévenu, qui assure toutefois avoir "changé d'avis" à cause de la guerre en Ukraine et parce que le président russe ne "fait rien" pour l'Arménie, le pays dont est originaire son épouse.

Quid de l'extrême droite ? Certains de ses coprévenus ont vaguement évoqué leur proximité avec le Rassemblement national ou Marion Maréchal mais David G. n'en dit rien.

Diffusées à l'audience, certaines de ses publications sur les réseaux sociaux font bien référence au parti de Marine Le Pen mais d'autres évoquent les "miracles du Coran" ou un groupe Facebook baptisé "je me marierai avec une musulmane".

"J'aime bien la culture" musulmane, explique le prévenu, face au supposé "décalage" relevé par le président du tribunal.

Comme ses coprévenus, la seule affiliation qu'il revendique clairement est celle des "gilets jaunes", le mouvement qui est en passe d'éclore début novembre 2018 quand il est interpellé.

"Je suis d’accord avec les +gilets jaunes+ mais pas avec la violence", précise-t-il toutefois, récusant les accusations portées contre certains Barjols d'avoir voulu renverser le gouvernement.

"C'étaient des délires loufoques", assure-t-il. "Moi je voulais demander la démission du gouvernement. Le renverser, c’est impossible".

Fin des débats prévue le 3 février.

Par Jeremy TORDJMAN / Paris (AFP) / © 2023 AFP