Alexandre Langlois : "À force de détourner les policiers de leurs missions, il n’y en a plus dans les quartiers"

"Ce n’est pas que les policiers ne veulent pas assurer la sécurité de nos concitoyens, c’est qu’ils n’ont pas les ordres de le faire", a déclaré Alexandre Langlois, policier et secrétaire général du syndicat VIGI Police. Alexandre Langlois était l’invité d’André Bercoff le 29 janvier 2019 sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

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Alexandre Langlois : "dans le métier de policier, il n’y a pas de priorité"

Au micro d’André Bercoff, Alexandre Langlois a tenu à expliquer que si les policiers ne sont pas aussi efficaces qu’ils devraient être, c’est parce que les effectifs sont gérés d’une manière qui ne leur permet pas d’être efficaces. "Quand des collègues de la BAC demandent des renforts, ils en ont pour une heure. Donc, leur seule solution est de partir. Et c’est inadmissible. Comment veut-on faire respecter la loi si on se retrouve à trois face à une centaine de personnes ? En plus, nos collègues sont souvent mobilisés sur d’autres missions que la sécurisation des quartiers (notamment les Gilets Jaunes). À force de détourner tout le monde de ses missions, il n’y a plus de policiers qui sont déployés dans les quartiers", a déploré Alexandre Langlois.

"Nous sommes toujours gérés par priorités : aujourd’hui ce sont les Gilets Jaunes, demain ça sera le vol etc. Non ! Dans notre métier il n’y a pas de priorité. Notre rôle est d’assurer la sécurité dans son ensemble. Et ça, ça demande des budgets, une volonté politique. Ce n’est pas que nos collègues ne veulent pas assurer la sécurité de nos concitoyens, c’est qu’ils n’ont pas les ordres de le faire", a expliqué Alexandre Langlois. "En plus, dans les quartiers difficiles on envoie les plus jeunes fonctionnaires, tandis que c’est là qu’on aurait besoin de gens qui auraient une expérience de la vie", a-t-il poursuivi.

Alexandre Langlois : "quand il y a un suicide, il ne faut surtout pas trouver de responsables"

Lors de cet entretien avec André Bercoff, Alexandre Langlois est également revenu sur les suicides au sein de la police. "On comptabilise 11 suicides de policiers depuis début janvier 2019. Un policier qui entre aujourd’hui a dix fois plus de chances de mourir de sa propre main que par un délinquant ou un criminel", a encore poursuivi Alexandre Langlois.

"L’institution est assez opaque sur ce sujet. Éric Morvan, directeur général de la Police nationale, a mis en place un plan anti-suicide certes, mais en même temps il ne faut surtout pas trouver de responsables. Il y a eu 31 suicides depuis sa prise de fonctions. Quand il y a eu la vague de suicides chez France Télécom, ce n’est pas France Télécom qui a enquêté sur lui-même", a déclaré Alexandre Langlois.

"À chaque fois ils nous disent : 'ce sont des problèmes personnels, donc on ne va surtout pas regarder'. Il faut savoir qu’avec un week-end sur six, les gens n’ont pas de vie sociale. Cela engendre des divorces, des dépressions, des cas d’abus d’alcool… Et quand on enquête sur le suicide d’un collègue, l’administration nous dit : 'Mais regardez, il divorçait. C’est des problèmes de couple'. Dans notre métier on a besoin de souffler, plus encore que dans d’autres métiers", a-t-il poursuivi.

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