Agression transphobe: "Je ne voulais pas y croire"

Le procès pour transphobie s'ouvre ce mercredi, plus d'un mois et demi après l'agression de Julia Boyer, femme transgenre de 31 ans. Agressée par plusieurs personnes alors qu’elle allait prendre le métro place de la République à Paris, les faits avaient été filmés et relayés sur les réseaux sociaux, provoquant un tollé médiatique et politique.  Un seul homme est jugé ce mercredi: celui qui lui a porté des coups au visage. Près de deux mois après les faits, Julia souffre encore de cette agression.

 

Reportage Sud Radio de Valentine Rault 

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31 mars 2019. Julia traverse une foule de manifestants pour aller prendre le métro. Plusieurs individus l’empêchent de passer, et la situation dégénère. Elle raconte: "Il y a eu vraiment un effet de foule, une humiliation globale. Des insultes, des coups. On m'a versé de la bière dessus".

"Ces individus ont fait baisser ma confiance en moi"

Humiliée, Julia n’est pas blessée physiquement mais moralement. "Je ne voulais pas y croire. Je ne voulais pas croire que c'était en train de se produire. Après, je me suis dit: c'est pas possible, c'est irréaliste, ça ne s'est pas vraiment passé. Psychologiquement, c'est pas évident. Ces individus ont fait baisser ma confiance en moi. Quand je sors de chez moi, je ne suis pas rassurée." Un homme de 23 ans a été interpellé, et sera jugé pour agression transphobe. Julia espère une sanction utile. "Il doit être puni pour ce qu'il a fait. On aimerait qu'il doive effectuer un stage dans une association LGBT. Pour donner de son temps et travailler, ça lui permettra de comprendre qu'on est des citoyens et des citoyennes, des individus à part entière."

Des hausses transphobes en hausse

Un des premiers procès de ce genre en France, pour faire évoluer les mentalités et se reconstruire. "Pour que les gens comprennent que les agressions transphobes et homophobe sont punies par la loi, pour moi ça sera déjà une belle victoire. Personnellement aussi, j'espère que ça me permettra de passer à autre chose. Pour passer à autre chose, j'ai besoin de ça, j'ai pas besoin de vivre dans la haine." En 2018, les agressions transphobes étaient en hausse de 15%.

«Violences commises en raison de l’identité de genre» : le motif du jugement reste encore rare, et le procès l’est donc tout autant, comme l’explique Maitre Etienne Desoulières, avocat de Julia Boyer: "Une réforme de 2017 introduit l'identité de genre dans la loi, pour condamner les actes commis avec un mobile transphobe"