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Affaire Théo: trois accusés dans un procès érigé en symbole des violences policières

Un coup de matraque "enseigné à l'école". Le gardien de la paix Marc-Antoine Castelain a assuré mardi avoir usé de la force "légitime" pour interpeller Théo Luhaka, gravement blessé à l'anus, au premier jour de son procès aux assises de la Seine-Saint-Denis.

GEOFFROY VAN DER HASSELT - AFP/Archives

Un coup de matraque "enseigné à l'école". Le gardien de la paix Marc-Antoine Castelain a assuré mardi avoir usé de la force "légitime" pour interpeller Théo Luhaka, gravement blessé à l'anus, au premier jour de son procès aux assises de la Seine-Saint-Denis.

Presque sept ans après les faits, le jeune homme noir, 28 ans, en garde des séquelles irréversibles.

"J'ai utilisé un coup qui est à l’origine de cette blessure qui m'a été enseigné à l'école, un coup légitime", se justifie M. Castelain lors des débats consacrés à la personnalité des trois accusés.

"J'ai conscience que c'est une blessure grave. Je souhaiterais renouveler ma profonde compassion" à la victime, ajoute le fonctionnaire de police de 34 ans.

A quelques mètres de lui, Théodore Luhaka, vêtu d'une doudoune bleue, écoute attentivement M. Castelain, poursuivi pour des violences volontaires ayant entraîné une infirmité permanente, avec la circonstance aggravante de sa qualité de personne dépositaire de l'autorité publique.

Théo Luhaka, grièvement blessé à l'anus par une matraque télescopique lors d'une interpellation, s'exprime lors d'un rassemblement à l'extérieur du tribunal de Bobigny, le 28 octobre 2017

Théo Luhaka, grièvement blessé à l'anus par une matraque télescopique lors d'une interpellation, s'exprime lors d'un rassemblement à l'extérieur du tribunal de Bobigny, le 28 octobre 2017

GEOFFROY VAN DER HASSELT - AFP/Archives

Il encourt jusqu'à quinze ans de prison.

"Avec cette affaire, j'ai tout perdu. Mon domicile, ma profession. J’ai servi de fusible pour éviter que la banlieue ne s'embrase", assure d'une voix basse M. Castelain, lunettes fines, crâne légèrement dégarni.

"Du jour au lendemain, on vous traite de la pire des étiquettes, qui est celle d'un violeur", ajoute-t-il.

Les deux autres accusés: Jérémie Dulin, 42 ans, et Tony Hochart, 31 ans, sont aussi jugés pour violences volontaires.

"La police n’était peut-être pas faite pour moi", analyse M. Dulin de son accent chantant, désormais affecté sur ses terres à Dax (Landes) pour faire "bouillir la marmite" et "lutter pour un monde meilleur".

L'avocat de Théo Luhaka, Me Antoine Vey, lui fait remarquer qu'après son contrôle, le monde de son client "n'a pas été meilleur".

- "J'ai pas grand-chose à lui dire", rétorque le fonctionnaire.

De nombreux agents en civil ont fait le déplacement à Bobigny pour soutenir leurs collègues dans une salle d'audience bondée.

Le 2 février 2017, un équipage de quatre fonctionnaires de la BST (brigade spécialisée de terrain) d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) contrôle un groupe de jeunes dans la cité des 3.000. La vérification des identités va rapidement dégénérer.

Et c'est la vidéosurveillance qui va faire basculer l'affaire et provoquer l'émoi jusqu'au sommet de l’État.

Théo Luhaka, grièvement blessé à l'anus par une matraque télescopique lors d'une interpellation, s'exprime lors d'un rassemblement à l'extérieur du tribunal de Bobigny, le 28 octobre 2017

Théo Luhaka, grièvement blessé à l'anus par une matraque télescopique lors d'une interpellation, s'exprime lors d'un rassemblement à l'extérieur du tribunal de Bobigny, le 28 octobre 2017

GEOFFROY VAN DER HASSELT - AFP/Archives

L'interpellation du jeune homme, 22 ans alors, est captée par les caméras de la ville et les images sont partagées sur les réseaux sociaux.

Alors que Théo Luhaka est dos au mur et pris en étau entre Jérémie Dulin et Marc-Antoine Castelain, ce dernier porte un violent coup avec la pointe de son bâton télescopique de défense (BTD) à travers le caleçon du jeune homme, qui s'effondre. Le coup provoque une rupture du sphincter.

- Mère de Nahel -

Placé en garde à vue au commissariat d'Aulnay-sous-Bois, Théo Luhaka présente un important saignement au niveau des fesses et va être transporté par les secours à l'hôpital où il va subir une intervention chirurgicale en urgence.

Me Thibault de Montbrial (G), avocat des fonctionnaires de police jugés aux assises dans l'affaire Théo, au palais de justice de Bobigny le 9 janvier 2024

Me Thibault de Montbrial (G), avocat des fonctionnaires de police jugés aux assises dans l'affaire Théo, au palais de justice de Bobigny le 9 janvier 2024

Thomas SAMSON - AFP

L'enjeu du procès consiste à établir s'il y a eu ou non un usage proportionné de la force.

"Mon client a effectué un geste enseigné en école et qualifié de légitime par plusieurs experts pendant l'enquête, pour aider deux de ses collègues en difficulté face à un jeune homme robuste qui se rebellait et qu'il n'a jamais eu l'intention de blesser", a commenté auprès de l'AFP Me Thibault de Montbrial, avocat de M. Castelain.

Une enquête administrative de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) a pourtant conclu à "un usage disproportionné de la force".

Sur le banc de la partie civile, Théo Luhaka est entouré de sa famille, de la mère de Nahel, l'adolescent tué l'été dernier par un tir de police, et de Michel Zecler, passé à tabac par des policiers à Paris en 2020.

Théo Luhaka, grièvement blessé à l'anus par une matraque télescopique lors d'une interpellation, s'exprime lors d'un rassemblement à l'extérieur du tribunal de Bobigny, le 28 octobre 2017

Théo Luhaka, grièvement blessé à l'anus par une matraque télescopique lors d'une interpellation, s'exprime lors d'un rassemblement à l'extérieur du tribunal de Bobigny, le 28 octobre 2017

GEOFFROY VAN DER HASSELT - AFP/Archives

Le juge d'instruction, l'enquête de l'IGPN et les investigations indépendantes du Défenseur des droits ont aussi mis en exergue des tirs de gaz lacrymogène et les coups de genou et de poing portés par les gardiens de la paix Dulin et Hochart quand la victime était menottée au sol.

- "Est-ce que vous avez failli à votre mission ?", a demandé Me Vey aux trois policiers toujours en activité.

"Non", ont-ils tous répondu.

- "Nous policiers, nous sommes victimes à notre façon de cette affaire", ajoute Marc-Antoine Castelain.

Le procès se poursuit mercredi avec la déposition des enquêteurs de l'IGPN.

Par Wafaa ESSALHI / Bobigny (AFP) / © 2024 AFP

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