Affaire Fillon: la procureure générale de Paris dit n'avoir reçu "aucune instruction du pouvoir exécutif"

La procureure générale de Paris a assuré jeudi n'avoir reçu "aucune instruction du pouvoir exécutif" pour influer sur l'affaire Fillon, après des propos de l'ex-cheffe du parquet national financier (PNF) Eliane Houlette qui ont suscité des accusations d'"instrumentalisation" de la justice.

CHRISTOPHE ARCHAMBAULT - AFP/Archives

La procureure générale de Paris a assuré jeudi n'avoir reçu "aucune instruction du pouvoir exécutif" pour influer sur l'affaire Fillon, après des propos de l'ex-cheffe du parquet national financier (PNF) Eliane Houlette qui ont suscité des accusations d'"instrumentalisation" de la justice.

"Je n'ai reçu dans l'affaire Fillon comme dans tous les autres dossiers relevant de mon contrôle hiérarchique aucune instruction de la Direction des affaires criminelles et des grâces (DACG), aucune instruction du pouvoir exécutif et (...) je n'ai jamais relayé une demande du garde des Sceaux ou du pouvoir exécutif pour influer sur une procédure", a déclaré Catherine Champrenault devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur l'indépendance de la justice.

Elle était entendue pour la deuxième fois par les députés, Mme Houlette ayant semé le trouble le 10 juin en évoquant, devant cette même commission, le "contrôle très étroit" qu'aurait exercé le parquet général, son autorité de tutelle directe, dans la conduite des investigations.

Mme Houlette avait notamment évoqué "des demandes de transmission rapide" sur les actes d'investigation ou les auditions et révélé avoir été convoquée par le parquet général qui plaidait pour que l'enquête soit confiée à un juge d'instruction.

"Il ne faudrait pas céder à la facilité d'une réécriture de l'histoire", a lancé Mme Champrenault avec véhémence.

"Le suivi de l'action publique par le procureur général, loin d'être une pression, constitue le mode de fonctionnement normal, institutionnel, légal et même déontologique pour l'ensemble des magistrats du ministère public", a-t-elle expliqué.

Rappelant le contexte de l'ouverture de l'enquête préliminaire visant M. Fillon, le 25 janvier 2017, soit "à trois mois de l'élection présidentielle", la procureure générale a souligné que les actes d'investigations étaient "menés tambour battant".

Selon Mme Champrenault, dans cette affaire, jusqu'à l'ouverture de l'information judiciaire le 24 février 2017, la DACG a fait "deux demandes" visant "les résultats des actes d'enquête mais jamais" avant. Par ailleurs, "neuf transmissions" ont été "adressées directement" par le PNF au parquet général, "spontanément", tandis que le parquet général a fait "quatre demandes d'informations".

Emplois fictifs : François Fillon condamné

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Clara DEALBERTO, Sabrina BLANCHARD - AFP/Archives

Si le Parlement décide de supprimer ces remontées d'informations, "effectivement nous appliquerons et nous ne ferons plus rien remonter", a déclaré la procureure générale. Toutefois, "cela fait 40 ans que je suis magistrat du ministère public et il n'y a aucun Parlement qui n'a pris cette décision, alors ne me reprochez pas d'appliquer la loi de la République", a-t-elle grincé.

"Je sais qu'on voudrait me faire dire qu'on a ouvert une information pour faire démissionner M. Fillon", a poursuivi Mme Champrenault. "Mais sa défense demandait une ouverture d'information judiciaire", dès "le 9 février", a-t-elle observé.

Donné favori à la présidentielle, le chantre de la droite conservatrice avait été éliminé au premier tour après une campagne minée par cette affaire.

"Cette affaire méritait qu'un juge d'instruction, plus indépendant en raison de son statut, soit saisi", a-t-elle estimé.

Eliane Houlette en janvier 2016 à Unterschleissheim, près de Munich, en Allemagne

Eliane Houlette en janvier 2016 à Unterschleissheim, près de Munich, en Allemagne

LUKAS BARTH - AFP/Archives

Selon Mme Champrenault, Mme Houlette a ressenti en conduisant cette enquête une "pression psychologique", "ce qui était somme toute assez normal parce que son enquête pouvait effectivement être lourde de conséquences". "Mais il ne faut pas confondre la pression psychologique et des pressions illégitimes", a-t-elle insisté.

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