Affaire #BalanceTonPorc : "Sale temps pour la justice, les hommes et les femmes qui les aiment"

Ce matin, Élisabeth Lévy dans son "regard libre", revient sur l'annulation de la condamnation de Sandra Muller pour diffamation après une décision de la Cour d'appel de Paris. Cette nouvelle est inquiétante car elle ne blanchit pas seulement l'instigatrice de "Balance ton porc", elle est une porte ouverte à de sombres lendemains pour la drague.

Tous les matins à 8h15, le regard libre d'Elisabeth Lévy dans le Grand Matin Sud Radio.

La condamnation de Sandra Muller, initiatrice de « Balance ton porc » a été annulée en appel.

En 2012, lors d’une soirée à Cannes, Éric Brion, alors patron d'Equidia TV, boit du champagne avec Sandra Muller et la drague. Grossièrement. « T’as de gros seins, je vais te faire jouir toute la nuit ». Le lendemain, il regrette et envoie un SMS d’excuses. 

Cinq ans plus tard, il devient le porc zéro. Dénoncé sur #BalanceTonPorc le 13 octobre 2019, il perd son emploi et attaque en diffamation. Le 25 septembre 2019, le tweet est en effet jugé diffamatoire par le Tribunal. Sandra Muller réplique alors en l’accusant de harcèlement sexuel et elle finit par payer 15 000 euros. 

Pour la Cour d’appel, il y a bien eu diffamation, car le harcèlement sexuel n’est pas qualifié. Mais comme Sandra Muller était de bonne foi, son « tweet s’inscrivant dans un débat d'intérêt général sur la libération de la parole des femmes », sa condamnation est annulée. Les critères de l’animosité personnelle et de la prudence peuvent s’apprécier moins strictement. C’est pour la bonne cause, on ne va pas chipoter sur le droit.

C’est une décision effrayante.

Les juges ne font pas du droit mais de la morale. Et ils le disent ! Pas de harcèlement au sens pénal mais au sens commun. Les propos de Brion n’étaient pas un délit « mais contraires aux règles morales communément admises dans la société française actuelle ». Et alors ? Ils sont profs de morale ? Ils ne font rien d’autre que donner leur opinion. #MeToo et #BTP « ont contribué à libérer la parole des femmes de façon positive ». Il y a eu un million de tweets sur BTP et 18 millions sur #MeToo : que font-ils maintenant, ils jugent à l’audimat ? 

En attendant, la vie de Brion est brisée. Sandra Muller est devenue une des stars de la cause, jusqu’à être sacrée par le magazine Time. Cela grave dans le marbre judiciaire la nouvelle morale puritaine-glaçante-victimaire. Cela n’attaque pas seulement la drague lourde mais aussi la drague tout court. Aujourd’hui, c’est dire « tu as de gros seins » qui mérite le bannissement social. Demain ce sera « t’as de beaux yeux » qui sera qualifié de délit d’outrage sexiste.

Sale temps pour la justice, sale temps pour les hommes. Et pour les femmes qui les aiment.