2022: le PCF choisit de s'affirmer en investissant Fabien Roussel

Quinze ans après Marie-George Buffet, Fabien Roussel s'apprête à porter les couleurs du parti communiste à la présidentielle de 2022, signe d'une volonté d'affirmation et de résistance au déclin de la part de cette formation historique de la gauche.

Thomas SAMSON - AFP/Archives

Quinze ans après Marie-George Buffet, Fabien Roussel s'apprête à porter les couleurs du parti communiste à la présidentielle de 2022, signe d'une volonté d'affirmation et de résistance au déclin de la part de cette formation historique de la gauche.

Le secrétaire national du PCF, choisi par les communistes en 2018 sur la promesse qu'ils auraient un candidat à la prochaine présidentielle, a été investi dimanche par la conférence nationale du parti, réunie en visioconférence pour cause de crise sanitaire.

Une large majorité, plus de 73%, a voté en sa faveur. Deux autres candidats, Emmanuel Dang Tran (militant à Paris XVe) et Grégoire Munck (Val-de-Marne) ont chacun obtenu 1,97% des voix. 22,48% des conférenciers se sont abstenus.

"Je demande aux autres forces de gauche et aux écologistes de respecter notre choix", a déclaré M. Roussel après le vote, avertissant qu'il irait "jusqu'au bout". "Travaillons ensemble dans le respect de nos diversités", a-t-il ajouté, lançant un appel à toute la gauche, partis et citoyens, pour "conclure un pacte" pour 2022.

La députée communiste et candidate PCF à l'élection présidentielle de 2002, Marie-Georges Buffet le 14 avril 2020 à l'Assemblée nationale à Paris

La députée communiste et candidate PCF à l'élection présidentielle de 2002, Marie-Georges Buffet le 14 avril 2020 à l'Assemblée nationale à Paris

Stephane LEMOUTON - POOL/AFP/Archives

Déçu par la piètre performance de Mme Buffet en 2002, qui n'avait obtenu que 1,93 % des voix, le PCF avait fait l'impasse sur les deux présidentielles suivantes, en 2012 et 2017, choisissant à chaque fois de soutenir le candidat de La France insoumise (LFI) Jean-Luc Mélenchon.

En interne pourtant, une candidature communiste en 2022 a fait grincer quelques dents. 200 cadres et militants environ avaient fait savoir leur opposition, fin mars, dans un courrier transmis à l'AFP. "La multiplicité actuelle des candidatures montre qu’en l’état, toutes ont renoncé à la possibilité d’une victoire en 2022", écrivaient les signataires du courrier, parmi lesquels l'ancienne députée européenne Marie-Pierre Vieu et les députés Elsa Faucillon et Stéphane Peu.

Mme Buffet a de son côté apporté son soutien à M. Mélenchon, et le député Sébastien Jumel, dont les relations avec le patron du PCF sont notoirement mauvaises, a estimé en "homme de gauche" qu'il faudrait "choisir le meilleur d'entre nous pour porter la bataille contre Macron".

- "La meilleure façon d'exister" -

Dimanche sur franceinfo, Benoît Hamon, ancien candidat socialiste en 2017, a aussi estimé qu'il serait "criminel" pour la gauche de ne pas se rassembler pour le scrutin de 2022. "On ne peut pas dire: +nous voulons le bien du plus grand nombre+ et finalement au moment d'être candidat, tout faire pour perdre", a-t-il insisté.

Le secrétaire national du Parti communiste français (PCF) et député Fabien Roussel, à l'Assemblée nationale à Paris, le 10 juin 2020

Le secrétaire national du Parti communiste français (PCF) et député Fabien Roussel, à l'Assemblée nationale à Paris, le 10 juin 2020

Anne-Christine POUJOULAT - AFP/Archives

Mais devant "le climat d'angoisse et d'incertitude qui pèse sur nos concitoyens" et un gouvernement "qui a fait le choix de maintenir ses réformes", "nous voulons permettre au PCF de jouer pleinement son rôle dans le pays", a martelé M. Roussel.

Au PCF, on répète que "la meilleure façon d'exister" sur la scène politique nationale, de défendre ses idées et d'être entendu, via les médias, est d'"être présent à la présidentielle". "Sinon, la presse nous invite à peine", affirmait il y a peu un responsable du parti à l'AFP.

Le PCF, qui fut l'élément moteur de la gauche après la Seconde guerre mondiale, n'a plus que vingt-cinq parlementaires et ne dirige plus qu'un seul département, le Val-de-Marne. Sur le plan local toutefois, il continue d'exister, avec quelque 7.000 élus locaux.

M. Mélenchon, qui risque de perdre des voix en raison de la candidature de M. Roussel, affirmait en mars qu'il se sentirait "meurtri" et "affaibli" sans le soutien du PCF.

Ces dernières semaines, les tensions se sont accumulés entre eux. LFI a fait barrage au PCF dans les Hauts-de-France pour les régionales, privant M. Roussel, qui s'y voyait tête d'une liste d'union, d'une vitrine nationale pour sa future campagne. Rassemblement il y a bien, mais derrière EELV.

En Normandie, où Sébastien Jumel ambitionnait lui aussi de conduire une liste de rassemblement, PS et Verts ont décidé de s'allier, les seconds laissant la première place aux socialistes, démarche "unique en France".

"Les partis de gauche disent tendre la main pour 2022 mais créent la division pour juin 2021!", regrette M. Roussel.

Selon un sondage Ifop-Fiducial pour le JDD et Sud-Radio dimanche, aucun des candidats de gauche pressentis en 2022 ne franchirait, loin sen faut, la barre du 1er tour.

Par Nadège PULJAK / Paris (AFP) / © 2021 AFP