Yves Jégo : "Wauquiez à Mayotte ? La solution ne passe pas par jouer les gros bras"

Le député de Seine-et-Marne Yves Jégo (©ALAIN JOCARD - AFP)

Député (UDI) de Seine-et-Marne et ancien secrétaire d’État chargé de l’Outre-mer, Yves Jégo était l’invité du journal de 18h sur Sud Radio ce mercredi pour évoquer la complexité de la situation à Mayotte.

Alors que l’île de Mayotte entame sa troisième semaine de grève générale et que des milliers de personnes ont manifesté ce mercredi contre l’insécurité récurrente dans l’île et la pression migratoire, le président des Républicains, Laurent Wauquiez, a de nouveau fait parler de lui en remettant notamment en cause le droit du sol. Député (UDI) de Seine-et-Marne et ancien secrétaire d’État chargé de l’Outre-mer (2008-2009), Yves Jégo était l’invité du journal de 18h sur Sud Radio ce mercredi pour évoquer des propos qu’il ne cautionne pas, arguments à l’appui.

"C'est une pression migratoire, mais une migration de proximité, de famille"

"Laurent Wauquiez a tort de jeter de l’huile sur le feu. Ceux qui passent 24 heures sur place et qui croient avoir tout compris pour faire, au final, de la politique nationale sur le dos des Mahorais, se trompent. La situation à Mayotte est compliquée, l’île va mal et l’immigration dont parle Laurent Wauquiez est une immigration particulière. Il faut rappeler le référendum de 1974, où trois îles des Comores ont choisi l’indépendance et une autre, Mayotte, a choisi de rester française. Au fond, c’est cette histoire qui amène une pression migratoire, mais une migration de proximité, de famille. Bien souvent, ceux qui traversent pour venir viennent voir de la famille, il y a des liens très étroits entre les habitants des Comores et de Mayotte. La solution ne passe pas par jouer les gros bras une fois de temps en temps en campagne électorale, mais par prendre des mesures de fond et des dispositions pour passer un accord avec le gouvernement des Comores et mettre fin conjointement à une situation qui n’a que trop duré", explique-t-il.

"Engager un dialogue à haut niveau avec le gouvernement des Comores"

Le quatrième vice-président de l'Assemblée nationale en appelle désormais au gouvernement pour faire bouger les lignes. "Je regrette qu’il n’y ait pas plus de mobilisation sur la question. Au fond, la seule vertu des déclarations tonitruantes de Laurent Wauquiez est d’avoir réussi à attirer l’attention sur un conflit qui dure depuis longtemps. Je m’interroge, pourquoi la ministre n’est pas sur place ? Elle annonce une vague table ronde, mais les Mahorais attendent des résultats beaucoup plus concrets. Il faut faire deux choses : d’abord donner des moyens immédiats (y compris pour la sécurité), et ensuite engager – et c’est un appel que je lance au ministre des Affaires étrangères – un dialogue à haut niveau avec le gouvernement des Comores pour évoquer la gestion de la circulation entre Mayotte et les trois îles des Comores", préconise-t-il.

"Mayotte est française depuis beaucoup plus longtemps que la Savoie ou que Nice"

En tout état de cause, Yves Jégo refuse d’expliquer la situation actuelle à Mayotte par la départementalisation de ce territoire le 31 mars 2011. "Mayotte est française depuis beaucoup plus longtemps que la Savoie ou que Nice. Elle fait partie du territoire national, les Mahorais ont réaffirmé à chaque fois que la question leur était posée leur souhait de rester dans la République. La départementalisation n’était que l’aboutissement de ce processus. Ce n’est évidemment pas la faute de la départementalisation ! Ceux qu’on appelle étrangers sont des Comoriens très proches des Mahorais par leur histoire. Il y a des réseaux, des liens, des familles qui sont éclatées. Tant qu’on restera sur la vision caricaturale du droit du sol et de la répression, on ne réglera pas les choses. Il faut de la fermeté républicaine et des moyens, c’est sûr, mais aussi un processus beaucoup plus large. Les 200 millions que nous coûte la lutte contre l’immigration clandestine chaque année seraient beaucoup mieux utilisés pour aider les Comores à se développer !", clame-t-il.

Réécoutez en podcast l’interview d’Yves Jégo dans le Grand Matin Sud Radio

 

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