éditorial

L'édito de Françoise Degois

Françoise Degois Sud Radio Éditorialiste
Politique

Terrorisme & gilets jaunes : l'impossible équation du gouvernement

Entre terrorisme et gilets jaunes : le gouvernement est face à une nouvelle équation particulièrement difficile à résoudre. 

Avouons-le, qu’on n’aime ou pas ce gouvernement, qu’on apprécie ou pas sa politique, avouons que c’est la première fois qu’un gouvernement doit affronter une double crise de cette force, pas successivement mais bien simultanément. Crise sociale avec les gilets jaunes qui ne rendent pas les armes et appellent à manifester à nouveau samedi et terrorisme avec cette nouvelle attaque barbare à Strasbourg et un fugitif qui est encore dans la nature. Une double mise à l’épreuve pour un président en chute libre dans les sondages (- 6 points dans le dernier sondage Ipsos) des gilets jaunes dont le soutien dans l’opinion augmente (+ 2 points dans le dernier IFOP a 66 %) et une opposition déchaînée. 

Un exercice difficile pour le gouvernement donc parce qu’il ne doit pas donner le sentiment qu’il utilise de manière opportuniste l’attentat de Strasbourg pour tenter d’affaiblir le mouvement des gilets jaunes. Mais il doit également avoir une attitude responsable, rassurante, dans un climat d’angoisse et une France à nouveau sous le choc. Mais surtout une véritable désunion nationale : il n’y a pas eu une seconde d’union sacrée. Des l’attentat connu, Laurent Wauquiez a tweeté sur les fichés S. Suivi de Marine Le Pen. Toute la journée hier, ce fut un déchirement entre élus, éditorialistes et citoyens sur les réseaux sociaux.

La France est non seulement sous le choc mais elle se déchire sur la sécurité, sur le terrorisme, et sur les gilets jaunes, chacun traitant l’autre d’irresponsable, forcément. Comme dirait ma grand mère, on n’est pas sorti de l’auberge. Nous ne sommes pas dans une impasse absolue, du moins je le pense en tant qu'éternelle optimiste. Il suffirait de baisser d’un ton en réalité .et d’arrêter de tout opposer. Il n’y a pas d’opposition entre les gilets jaunes et la tragédie qui a eu lieu à Strasbourg. Les traiter d’irresponsables parce qu’ils veulent manifester me paraît irresponsable. A part se faire plaisir, ça ne fait qu’aggraver la fracture. S’ils veulent manifester, ils en ont le droit. Et beaucoup ont décidé d’ailleurs de ne pas appeler à manifester à paris et dans les grandes villes, de se retrouver dans les ronds point de porter un brassard noir en hommage aux victimes de Strasbourg. Essayer de les discréditer, en expliquant qu’ils sont d’extrême droite, racistes homophobes et crier toute la journée à la République en danger est absurde. La République est solide, elle en a vu d’autres, elle en verra d’autres. 

Mais à l’inverse, les délires complotistes d’une frange des gilets jaunes doivent être fermement condamnés, ces énergumènes, discréditent totalement ce mouvement. Les excès en tout genre, les mots de haine, une forme de radicalisation n’ont plus leur place si ce mouvement veut continuer à être porté par l’opinion. Baisser d’un ton, finalement un homme a réussi hier à le faire : Edouard Philippe qui, à l’Assemblée Nationale, a convenu que malgré l’attentat de Strasbourg, la République devait rester vivante. 

Les rubriques Sudradio